absence prolongée de Paul Biya : que se passe-t-il au Cameroun sans le président ?

Ce qui devait être une escapade européenne de courte durée se transforme en une disparition inquiétante. Depuis son départ du Cameroun le 7 juin 2026, accompagné de son épouse, le président Paul Biya ne s’est toujours pas manifesté. Plus de quarante jours d’absence officielle, sans la moindre communication rassurante pour les Camerounais. Une situation qui nourrit les spéculations, d’autant que son retour ne semble pas imminent.

Les Camerounais s’impatientent face aux disparitions répétées de leur dirigeant

Paul Biya, habitué à ces longues absences, multiplie les séjours en Europe, notamment en Suisse, où il séjourne dans des établissements luxueux plutôt qu’à Yaoundé. Ces voyages prolongés interrogent sur son état de santé, d’autant plus qu’il approche des 94 ans. Comme nombre de dirigeants africains, il semble privilégier les soins à l’étranger, sans que ses concitoyens n’aient accès à la moindre information officielle. Dans un pays où la santé du chef de l’État relève du secret d’État, les rumeurs prennent le relais, tandis que les mécanismes de contrôle tentent de museler les voix dissidentes.

L’absence répétée du président soulève une question cruciale : qui gouverne réellement le Cameroun ? Certains observateurs n’hésitent pas à décrire un pays en pilotage automatique, où un dirigeant octogénaire, éloigné de ses administrés, peine à exercer pleinement ses fonctions. Après avoir éliminé ses opposants lors d’un scrutin controversé en novembre 2025, Paul Biya entame un nouveau septennat qui suscite des doutes quant à sa capacité à le mener à terme. Son attachement au pouvoir, à tout prix, laisse peu de place à l’alternance.

Les Camerounais, excédés par ces disparitions, expriment leur mécontentement. À l’image du député d’opposition Jean Michel Nintcheu, qui a demandé au Conseil constitutionnel de constater une vacance du pouvoir. Une prise de position rapidement étouffée par les fidèles du régime, qui ont rétorqué : « Le Lion n’est pas parti. »

Un pays figé dans l’immobilisme politique

Au Cameroun de Paul Biya, la routine administrative semble figée. Depuis son investiture le 6 novembre 2025, aucun nouveau gouvernement n’a été formé. L’équipe actuelle, dirigée par Joseph Dion Ngute depuis janvier 2019, cumule désormais plus de sept ans en poste — l’équivalent d’un mandat présidentiel complet. Une inertie caractéristique d’un système où les changements relèvent de l’exception. Même la révision constitutionnelle d’avril 2026, ayant réactivé le poste de vice-président, n’a pas abouti à sa nomination. Le Cameroun reste ainsi prisonnier d’une gouvernance à l’image de son président : lente, opaque et immuable.

Sacré Biya !