Lors de la cérémonie d’investiture du nouveau ministre des Finances du Bénin, une scène inhabituelle s’est jouée à Cotonou. Le Premier ministre nigérien en fonction, Ali Mahamane Lamine Zeine, a fait le déplacement accompagné de ses homologues burkinabè et malien en matière d’affaires étrangères. Cette présence simultanée des trois pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) marque un tournant significatif dans un contexte régional marqué par des tensions persistantes.

Une visite aux multiples enjeux géopolitiques

L’arrivée d’Ali Lamine Zeine à Cotonou, en compagnie des ministres des Affaires étrangères du Burkina Faso et du Mali, dépasse largement le cadre protocolaire. Elle s’inscrit dans une dynamique de réchauffement des relations bilatérales entre le Niger et le Bénin, mises à mal depuis plus d’un an. La fermeture prolongée de la frontière commune, ainsi que les désaccords persistants concernant le transit du pétrole nigérien via le port béninois de Sèmè-Podji, avaient en effet creusé un fossé difficile à combler.

L’AES au complet pour une diplomatie renouvelée

Cette rencontre tripartite à Cotonou revêt une symbolique particulière. Elle illustre la volonté des trois nations sahéliennes de maintenir un dialogue constructif avec le Bénin, malgré les divergences idéologiques. Romuald Wadagni, nouveau titulaire du portefeuille des Finances, incarne d’ailleurs cette continuité diplomatique. Proche des cercles financiers internationaux, il reste un interlocuteur privilégié pour les pays de l’AES, malgré les tensions récentes.

L’objectif affiché est double : d’une part, préserver les échanges économiques essentiels entre ces nations, et d’autre part, apaiser les tensions frontalières qui pèsent sur les économies locales. Le Bénin, confronté à des pertes économiques majeures en raison du blocage des corridors commerciaux, et le Niger, confronté à des défis logistiques accrus pour ses exportations, ont tout intérêt à trouver une issue rapide à cette impasse.

L’économie, pilier d’une réconciliation nécessaire

Si les tensions politiques issues du renversement institutionnel au Niger en juillet 2023 avaient figé les relations diplomatiques, la réalité économique a fini par s’imposer. Les deux pays subissent les conséquences d’une frontière terrestre close depuis près de trois ans, paralysant les échanges commerciaux traditionnels. Une réouverture progressive de cette frontière, évoquée lors de cette rencontre, pourrait ainsi relancer les flux économiques entre les deux nations.

En réunissant autour d’une même table les principaux décideurs de l’AES, Cotonou envoie un signal clair : malgré les divisions idéologiques, la nécessité de renforcer les liens économiques et logistiques reste une priorité absolue pour la stabilité de la sous-région. Cette initiative pourrait ainsi tracer la voie vers une coopération renouvelée, où le pragmatisme l’emporte sur les divergences politiques.