Le Bénin échappe à une tentative de coup d’État à Cotonou
Des échanges de tirs ont retenti près du palais présidentiel avant que des militaires ne bloquent l’accès à la capitale économique.

Les autorités du Bénin ont officiellement annoncé avoir neutralisé une tentative de coup d’État visant à renverser le président Patrice Talon. Ce dernier a confirmé que la situation était « totalement sous contrôle », tandis que la CEDEAO a annoncé l’envoi d’un soutien militaire pour renforcer la stabilité du pays.
Cette crise survient à quelques mois de la fin du second mandat de Patrice Talon, après une décennie marquée par une croissance économique notable, mais aussi par des tensions sécuritaires croissantes dans le nord du pays, où les violences djihadistes persistent.
L’Afrique de l’Ouest traverse une période d’instabilité politique depuis plusieurs années, avec des coups d’État récents au Mali, au Burkina Faso, au Niger et en Guinée-Bissau, pays voisins du Bénin. Cette instabilité s’étend désormais à d’autres régions du continent.
Dimanche matin, des militaires ont fait irruption à la télévision nationale béninoise pour annoncer la destitution du président Talon, évoquant une « dégradation de la situation sécuritaire » et des « remises en cause des libertés fondamentales ». Quelques heures plus tard, le ministre de l’Intérieur, Alassane Seidou, a démenti cette annonce en déclarant que le coup avait été déjoué.
Le président Talon a réitéré ce constat dans une allocution télévisée en soirée, affirmant que « la sécurité et l’ordre public seront maintenus sur tout le territoire national ». Il a également promis que « cette forfaiture ne restera pas impunie », saluant au passage l’intervention des militaires de la garde républicaine.
Selon des sources sécuritaires, une douzaine de soldats ont été arrêtés, dont certains seraient impliqués dans cette tentative de putsch. Le lieutenant-colonel Pascal Tigri, identifié comme potentiel meneur, n’a cependant pas été officiellement nommé parmi les détenus.
En fin d’après-midi, l’aviation nigériane a mené des frappes aériennes à Cotonou, conformément aux protocoles de la CEDEAO. La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest a ensuite annoncé le « déploiement immédiat » de contingents militaires nigérians, ivoiriens, ghanéens et sierra-léonais pour appuyer les forces béninoises et « préserver l’ordre constitutionnel ».
Réactions internationales et contexte régional
La France, ancienne puissance coloniale, a condamné fermement cette tentative de coup d’État et a appelé ses ressortissants à la prudence, en raison d’un « contexte encore volatil ». Dans la capitale économique, Cotonou, la population a commencé à rentrer plus tôt chez elle en fin de journée, tandis que des barrages militaires étaient déployés autour du palais présidentiel et du camp militaire de Guézo.
« On ne sait pas qui est derrière ce coup d’État, alors mieux vaut éviter les déplacements inutiles ce soir », a expliqué Michelle Eudoxie, une coiffeuse de 50 ans, à l’Agence France-Presse. Nabil Sacca, un vendeur d’essence présent près du palais présidentiel dans la matinée, a confirmé avoir entendu des tirs : « J’ai quitté mon quartier par peur des représailles ».
L’Union africaine (UA) a également réagi en condamnant « fermement et sans équivoque » cette tentative de déstabilisation. Historiquement, le Bénin a connu plusieurs coups d’État, mais le dernier remonte à 1972. « Cette situation me rappelle les événements de l’époque de mes parents », confie Remy Agblo, un commerçant de Cotonou. « Heureusement que cela a été évité ».
Patrice Talon, en poste depuis 2016, achèvera son second mandat en 2026, conformément à la Constitution. Son dauphin désigné, le ministre des Finances Romuald Wadagni, est considéré comme le grand favori pour la présidentielle d’avril 2026, d’autant que le principal parti d’opposition a été exclu du scrutin.
« La tension monte depuis des mois, notamment à cause des élections », souligne Anatole Zinsou, informaticien à Cotonou. Il dénonce une « exclusion » de certains acteurs politiques, tout en reconnaissant que Patrice Talon a été salué pour son action en faveur du développement économique. Cependant, ses détracteurs lui reprochent un virage autoritaire dans un pays autrefois reconnu pour sa démocratie dynamique.