cinq ans après le putsch d’Assimi Goïta : le Mali face à un bilan en demi-teinte

il y a cinq ans jour pour jour, le Mali basculait dans une nouvelle ère politique après le coup d’État mené par le général Assimi Goïta. depuis, le paysage national s’est profondément transformé, mais le bilan pour les maliens reste contrasté.
les critiques se multiplient concernant une détérioration des conditions de vie : insécurité persistante, restrictions accrues des libertés fondamentales et recul de la liberté de la presse. ces évolutions suscitent des interrogations sur l’avenir du pays.
entretien exclusif : ulf Laessing analyse l’évolution du Mali sous le régime militaire
une répression qui s’intensifie
ulf Laessing, directeur du programme Sahel de la fondation Konrad Adenauer au Mali, dresse un constat sans appel : « la répression s’est aggravée. s’exprimer librement devient de plus en plus difficile ». selon lui, « les discussions restent possibles entre personnes de confiance, mais la prudence s’est installée ». il souligne que « des voix critiques ont été réduites au silence, certaines emprisonnées, d’autres contraintes à l’exil ».

sécurité et djihadistes : un échec cuisant
pourtant, à l’origine, le putsch promettait une amélioration de la lutte contre les groupes armés. mais aujourd’hui, le Jnim et l’État islamique contrôlent de larges portions du territoire. « je doute qu’un gouvernement, même issu d’un nouveau coup d’État ou d’élections, parvienne à les déloger », confie ulf Laessing. il ajoute : « la situation est si complexe que je ne vois pas de solution militaire viable ».
les attaques coordonnées de fin avril, impliquant à la fois des djihadistes et des rebelles touaregs, ont marqué un tournant. « c’était la plus grande offensive depuis 2012, lorsque ces mêmes groupes avaient brièvement pris le contrôle du nord », rappelle-t-il. bien que le gouvernement ait tenu, cette attaque a révélé des failles majeures dans le dispositif sécuritaire et une perte de prestige pour Bamako.
l’échec des alliés et le rôle trouble des mercenaires russes
l’aide internationale s’est avérée décevante. les pays membres de l’Alliance des États du Sahel, comme le Niger et le Burkina Faso, se sont contentés de déclarations sans engagement concret. « le Mali s’est retrouvé isolé », constate ulf Laessing. « les mercenaires russes, présents sous forme de 1 500 à 2 000 hommes, n’ont pas apporté l’aide escomptée ». pire, « leur brutalité a aggravé le conflit », et leur retrait précipité de villes stratégiques comme Kidal a été perçu comme une humiliation.

solidarité de l’Alliance des États du Sahel : une illusion ?
sur le papier, les trois pays de l’Alliance (Mali, Burkina Faso, Niger) affichent une unité idéologique et politique. mais dans les faits, « leurs moyens sont limités », souligne ulf Laessing. « ce sont des nations parmi les plus pauvres au monde, qui luttent pour leur survie quotidienne ». leur coopération reste donc largement symbolique, sans impact réel sur le terrain.
quelles solutions pour le Mali ?
la population refuse la charia, mais pas le régime actuel
ironiquement, la population malienne rejette massivement l’idée d’un État sous charia. « aucun mouvement de contestation n’a émergé après les attaques de fin avril », explique ulf Laessing. pourquoi ? parce que « les maliens craignent davantage les djihadistes et les anciennes élites corrompues que le gouvernement militaire ». malgré ses défauts, ce dernier bénéficie encore d’un soutien notable.
les jeunes, majoritairement informés via les réseaux sociaux, sont particulièrement exposés à la propagande pro-russe et aux fausses informations. « leur soutien au régime est réel, même s’il est parfois mal informé », analyse-t-il. « après les attaques d’avril, le régime était affaibli, mais personne n’est descendu dans la rue, par peur de tomber sous le joug des djihadistes ».
dialogue avec les djihadistes : une piste envisageable ?
la solution militaire semble insuffisante. ulf Laessing propose une approche plus nuancée : « il faudra inévitablement négocier avec les factions modérées des groupes armés ». il cite l’exemple de la Mauritanie, où un compromis a permis de réduire l’instabilité sans appliquer une charia stricte. « au Mali, certains ajustements locaux pourraient être acceptés pour rétablir la paix », suggère-t-il.
pour l’instant, la population malienne, épuisée par des années de crise, semble résignée. « les gens ont perdu foi en la politique. les partis traditionnels ont échoué, et les nouveaux dirigeants, malgré leurs défauts, sont perçus comme un moindre mal », conclut ulf Laessing.

dans ce contexte, le Mali reste à la croisée des chemins, entre l’espoir d’un dialogue fragile et la menace persistante de l’instabilité.