Depuis le lancement en novembre 2021 d’une campagne de vérification systématique des pensions d’invalidité et de réversion, l’État camerounais réalise des économies annuelles estimées à 12 milliards de FCFA. Selon les déclarations du ministre des Finances, Louis Paul Motaze, cette initiative a permis de corriger d’importantes anomalies dans le fichier solde national, révélant des années de versements indus à des bénéficiaires non éligibles.
Des irrégularités massives dans le fichier des pensions
L’origine de cette opération remonte à janvier 2020, lorsque le ministère des Finances a identifié 7855 anciens agents publics percevant frauduleusement une pension de réversion ou d’invalidité. Les dossiers de ces derniers présentaient des lacunes majeures : actes administratifs manquants, bénéficiaires introuvables, ou décès non déclarés. Une vaste opération de croisement de données et de vérification documentaire a alors été engagée pour épurer le système.
Deux mécanismes légaux sont concernés : la pension d’invalidité, attribuée aux agents reconnus inaptes, et la pension de réversion, reversée aux ayants droit d’un agent décédé. Cependant, leur exploitation peut être détournée en l’absence de fichiers fiables et d’un état civil rigoureux, exposant le système à des fraudes massives.
Le processus de purge repose sur trois axes principaux : recoupement des pièces justificatives, vérification de l’existence physique des bénéficiaires, et suppression des ayants droit fictifs ou décédés. Chaque radiation se traduit par une réduction immédiate des dépenses publiques.
Une réforme globale pour assainir les finances publiques
Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large de maîtrise de la masse salariale, lancée dès 2018 avec le Comptage physique des personnels de l’État (Coppe). Ce recensement a permis d’éliminer les agents fictifs des registres administratifs, générant environ 30 milliards de FCFA d’économies annuelles. Un résultat trois fois supérieur à celui obtenu par le contrôle des pensions.
Le gouvernement camerounais pousse plus loin l’assainissement en ciblant désormais les allocations familiales versées aux agents de la fonction publique. L’objectif reste identique : identifier les bénéficiaires sans droit et resserrer les critères d’éligibilité. Ces réformes visent à renforcer la fiabilité du fichier solde, un préalable indispensable à une gestion budgétaire transparente et crédible.
Au-delà de la lutte contre la fraude, ces économies sont stratégiques. Les pensions et la masse salariale représentent des postes budgétaires rigides, essentiels pour dégager des marges de manœuvre. Elles permettent au pays de renforcer ses investissements publics ou de réduire son endettement, dans un contexte où les bailleurs internationaux, dont le Fonds monétaire international (FMI), surveillent de près les équilibres macroéconomiques du Cameroun.
Un défi économique et social
Ces réformes interviennent dans un environnement budgétaire sous tension, marqué par une demande sociale croissante, une volatilité des recettes pétrolières et un service de la dette en hausse. La réduction des dépenses courantes devient un impératif pour préserver la stabilité financière et honorer les engagements envers les partenaires techniques et financiers.
Néanmoins, ces opérations soulèvent des enjeux politiques et sociaux. La suppression de pensions, même irrégulières, peut entraîner des contentieux et des situations humaines complexes, notamment lorsque les bénéficiaires contestent leur radiation ou peinent à fournir les documents manquants. La sécurisation juridique du fichier solde et la protection des droits légitimes constituent donc un volet essentiel de cette réforme.
Les économies déjà réalisées laissent entrevoir un potentiel supplémentaire significatif. En combinant le Coppe, le contrôle des pensions et l’audit des allocations familiales, les autorités camerounaises pourraient, à terme, dégager plusieurs dizaines de milliards de FCFA d’économies récurrentes. La réussite de ces dispositifs dépendra de leur pérennité et de leur résistance aux pressions clientélistes.