Le gouvernement camerounais a validé la demande de Prometal, acteur majeur de la transformation de l’acier au Cameroun et en Afrique centrale. Désormais, le groupe pourra s’alimenter directement auprès de l’Electricity Development Corporation (EDC), l’entité publique gestionnaire des infrastructures hydroélectriques du pays. Les négociations finales se dérouleront du 8 au 12 juin 2026 au cabinet du Premier ministre à Yaoundé, comme l’indique une instruction officielle datée du 1er juin 2026 et signée par le secrétaire général du gouvernement, Séraphin Magloire Fouda, à destination du ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba.
Une première pour l’industrie locale après l’exemple d’Alucam
Les discussions s’articuleront autour de deux axes principaux : l’application d’une tarification spéciale accordée à Prometal depuis février 2025 et la finalisation des accords contractuels. Deux documents clés seront établis : un contrat d’achat d’électricité entre EDC et Prometal, ainsi qu’un accord de compensation entre EDC et la Société camerounaise d’électricité (Socadel), née de la restructuration d’Eneo. Une fois ces textes signés, Prometal rejoindra le cercle très restreint des industriels camerounais raccordés en direct aux barrages, aux côtés de la Compagnie camerounaise de l’Aluminium (Alucam).
L’expérience d’Alucam sert de référence dans ce dossier. Considéré comme le principal consommateur d’électricité du Cameroun, ce géant industriel couvrait jusqu’à 40 % de la demande nationale grâce à son alimentation directe depuis le barrage d’Edéa. Aujourd’hui gérées par Socadel, les infrastructures d’Edéa et de Songloulou alimenteront désormais Prometal via les ouvrages exploités par EDC, notamment le barrage de Lom Pangar et son usine de 30 MW, ainsi que Memve’élé, dont la puissance maximale atteint 211 MW.
Une croissance énergétique exponentielle en trois ans
Cette solution directe répond à l’explosion des besoins de Prometal, dont les cinq sites industriels situés dans la zone de Douala-Bassa — Prometal 1, 2, 3, Profab et Progaz — consomment désormais 40 MW d’électricité, contre 26 MW en 2024. Les projections tablent sur une consommation de 60 MW en 2026 et de 90 MW en 2027, avec l’inauguration de Proalu, une sixième usine dédiée à la fabrication de tôles d’aluminium et de câbles électriques.
Pour un industriel de cette envergure, garantir un approvisionnement stable et maîtriser le coût du kilowattheure est devenu indispensable. Le réseau électrique traditionnel, fragilisé par des déséquilibres chroniques entre production, transport et distribution, ne pouvait plus absorber cette hausse de demande sans menacer la continuité des activités. L’alimentation directe par EDC permettra de sécuriser l’approvisionnement grâce à une tarification indexée sur les droits d’eau, évitant ainsi les intermédiaires coûteux du système traditionnel.
EDC mise sur ce partenariat pour relancer ses investissements
Pour EDC, cette collaboration représente bien plus qu’un client supplémentaire : c’est une bouffée d’oxygène pour ses finances. Son modèle repose sur la perception des droits d’eau, réinvestis dans de nouveaux projets hydroélectriques. Cependant, les retards de paiement de Socadel, son principal partenaire historique, ont mis à mal cette dynamique. L’intégration de Prometal, entreprise solvable, renforce la trésorerie d’EDC et lui permet d’envisager sereinement plusieurs chantiers en suspens, comme l’extension de la centrale de Mbakaou (400 MW), le projet Memve’élé 2 ou encore une centrale solaire de 50 MW sur le site de Memve’élé.
L’impact financier de Prometal dans le secteur électrique camerounais est loin d’être négligeable. Entre 2016 et 2025, le groupe a versé 42 milliards de FCFA à Eneo (devenu Socadel) et à la Société nationale de transport d’électricité (Sonatrel), soit une moyenne annuelle de 4,2 milliards de FCFA. Le transfert de ces flux vers EDC pourrait redistribuer les cartes entre les acteurs énergétiques et accélérer l’optimisation des infrastructures publiques.