Côte d’Ivoire: la difficulté à renouveler la classe politique

Portrait de Séverin Yao Kouamé, sociologue et enseignant-chercheur à l’Université Alassane Ouattara (UAO) à Bouaké, en Côte d’Ivoire.

La classe politique ivoirienne fait face à un défi majeur : renouveler ses figures emblématiques. Après une élection législative remportée massivement par le RHDP, le parti au pouvoir, les partis d’opposition peinent à émerger. Le PDCI, autrefois dominant, a perdu la moitié de ses sièges, tandis que le PPA-CI maintient Laurent Gbagbo à sa tête malgré son âge et son état de santé. Cette situation soulève des questions sur l’avenir politique d’un pays longtemps marqué par trois figures incontournables : Henri Konan Bédié, Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara.

Un système politique à bout de souffle ?

Le Dr Séverin Yao Kouamé, sociologue et enseignant-chercheur à l’université de Bouaké, analyse cette transition difficile. Selon lui, « la crise actuelle de la classe politique ivoirienne révèle l’incapacité des partis à se réinventer. » Les partis traditionnels, comme le PDCI ou le PPA-CI, s’appuient encore sur des héritages historiques, mais cette stratégie ne convainc plus une jeunesse en quête de renouvellement.

Les divisions persistent au sein de l’opposition

Le PPA-CI, dirigé par Laurent Gbagbo, a annoncé la tenue de son premier congrès en mai 2026. Pourtant, malgré le maintien de Gbagbo à la tête du parti, plusieurs figures clés, comme Stéphane Kipré ou Ahoua Don Mello, ont été écartées. Le Dr Kouamé estime que « Gbagbo, bien que toujours influent, doit passer la main. Son héritage politique est immense, mais l’heure est venue de préparer une nouvelle génération. »

Du côté du PDCI, la situation n’est guère meilleure. Le parti, autrefois dominant, peine à se remettre de la mort d’Henri Konan Bédié. L’absence prolongée de son nouveau président, Tidjane Thiam, et les divisions internes ont conduit à une perte significative de sièges. Le Dr Kouamé souligne que « les partis doivent cesser de miser sur des noms historiques pour convaincre. Les jeunes électeurs veulent des propositions concrètes, pas des appels au vote basés sur des clivages ethniques. »

Le RHDP, une force dominante mais sans successeur clair

Le RHDP, parti de l’actuel président Alassane Ouattara, domine largement l’Assemblée nationale. Pourtant, malgré cette puissance, aucune figure ne semble capable de succéder à Ouattara. Le Dr Kouamé constate que « la classe politique ivoirienne est en crise. Les taux de participation aux élections baissent, même dans les bastions traditionnels. Les électeurs sont en quête d’un nouveau modèle. »

La jeunesse et les indépendants, acteurs d’un changement possible ?

Face à cette impasse politique, une nouvelle génération d’indépendants tente de s’imposer. Bien que leur impact reste limité à ce jour, le Dr Kouamé y voit une lueur d’espoir. « Ces jeunes entrepreneurs, souvent en marge des partis traditionnels, prouvent qu’il est possible de construire une carrière politique sur le long terme. Leur succès pourrait inspirer les électeurs à adouber des profils hors du sérail. »

Cependant, la société civile en Côte d’Ivoire reste fragile et peine à s’imposer comme une force structurante. Pour le Dr Kouamé, « le vrai défi est de réussir à mobiliser cette jeunesse autour d’un projet politique commun. »

En conclusion, la classe politique ivoirienne doit faire face à une transition inévitable. Les vieux systèmes, basés sur des héritages et des clivages, ne répondent plus aux attentes des électeurs. Le renouvellement générationnel et l’émergence de nouvelles figures semblent être les seuls moyens de redonner confiance à une population en quête d’avenir.

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