Les attentats simultanés qui ont secoué le Mali ces derniers jours, avec l’assassinat du ministre de la Défense et la prise de contrôle de villes clés comme Kidal, laissent planer une incertitude majeure sur l’avenir de la junte dirigée par le colonel Assimi Goïta. Ces événements, revendiqués par une coalition entre le Front de libération de l’Azawad (FLA) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), ont provoqué un vent de panique dans tout le pays.
Dès samedi, des villes comme Bamako ont été le théâtre d’attaques coordonnées, avec des tirs et des explosions signalés par les habitants. Le retrait des forces maliennes et russes de Kidal, désormais sous contrôle du FLA, a révélé de profondes faiblesses dans la stratégie de sécurité du gouvernement transitoire.
Face à cette situation critique, le colonel Goïta a mis plusieurs jours avant de s’exprimer publiquement, alimentant les spéculations sur la stabilité de son régime. Les analystes s’interrogent désormais sur les prochaines étapes : la junte peut-elle se maintenir au pouvoir, et si oui, comment ?
scénario 1 : la junte résiste et contre-attaque
Pour de nombreux observateurs, c’est le scénario le plus plausible à court terme. Malgré les pertes essuyées, l’armée malienne conserve le contrôle de la majorité des villes et des institutions étatiques. Une contre-offensive est en cours pour reprendre les zones perdues, mais son succès déterminera la durée du gouvernement actuel.
Dans une allocution télévisée, Goïta a affirmé que la situation était « sous contrôle » et a promis de « neutraliser » les responsables des attaques. Le régime mise également sur le soutien russe, comme en témoignent les récentes rencontres entre Goïta et l’ambassadeur russe Igor Gromyko.
Cependant, la mort du ministre de la Défense Sadio Camara, figure clé de la junte et principal interlocuteur de Moscou, pourrait fragiliser cette stratégie. Ulf Laessing, expert à la Fondation Konrad Adenauer, souligne que Camara était « le cerveau derrière le déploiement des mercenaires russes au Sahel ». Son décès complique les relations avec la Russie et affaiblit la coordination militaire.
Le FLA, quant à lui, ne compte pas s’arrêter. Son porte-parole Mohamed Elmaouloud Ramadane a clairement indiqué ses ambitions : « Nous voulons prendre Gao. Toutes les portes de la ville sont tombées, mais les camps militaires résistent encore. » Timbuktu serait également une cible prioritaire une fois Gao et Kidal sous leur contrôle.
scénario 2 : la junte reste au pouvoir mais diversifie ses alliances
Les attaques de la semaine dernière ont sérieusement ébranlé la crédibilité de la Russie en tant que partenaire sécuritaire au Mali. Après le départ des forces françaises en 2023, les mercenaires russes de l’Africa Corps avaient pour mission de stabiliser la région. Pourtant, leur échec à défendre Kidal et d’autres villes a porté un coup dur à leur réputation.
Pour compenser ce recul, le Mali pourrait se tourner vers de nouveaux alliés. La Turquie, déjà présente avec des livraisons de drones ayant permis la reprise de Kidal en 2024, pourrait renforcer sa coopération militaire. Des rumeurs évoquent même un entraînement de la garde présidentielle par des experts turcs.
Les États-Unis, après des années de tensions, montrent également des signes d’ouverture. Nick Hocker, responsable des affaires africaines au Département d’État, s’est rendu à Bamako début 2024 pour évoquer une « nouvelle page » dans les relations bilatérales. Washington souhaite collaborer davantage avec le Mali, le Niger et le Burkina Faso sur des enjeux de sécurité et économiques.
Une autre option serait de renforcer l’Alliance des États du Sahel (AES), qui regroupe le Mali, le Niger et le Burkina Faso. Bien que ce bloc n’ait pas encore déployé de forces conjointes significatives, il pourrait devenir un pilier de la stratégie régionale du gouvernement malien.
scénario 3 : la junte tombe, mais qui prendra les rênes ?
Ces attaques représentent la menace la plus sérieuse pour le pouvoir militaire depuis le coup d’État de 2020. Une escalade des violences pourrait exacerber le mécontentement populaire et précipiter un changement de régime.
Plusieurs hypothèses se dessinent : un nouveau coup d’État mené par une faction de l’armée, ou une prise de pouvoir par le FLA et le JNIM. Cependant, cette alliance reste fragile. Le FLA, mouvement nationaliste, et le JNIM, groupe jihadiste affilié à Al-Qaïda, entretiennent des relations complexes.
Sayed Bin Bella, leader du FLA, a d’ailleurs rejeté toute idée de fusion : « Tous les drapeaux que nous brandissons sont les nôtres, pas ceux d’Al-Qaïda. Pour qu’ils fusionnent avec nous, ils doivent quitter l’organisation internationale. » Ces divergences idéologiques pourraient compliquer toute transition pacifique.
Les analystes évoquent même un scénario à la syrienne, où un groupe initialement lié à Al-Qaïda parviendrait au pouvoir avant de s’en distancier. Le JNIM, bien que moins radical que d’autres factions jihadistes, est déjà critiqué par des extrémistes pour son alliance avec le FLA, perçue comme trop modérée.