Crise des droits humains au Niger : répression militaire et montée des violences djihadistes en 2025

Depuis le coup d’État de juillet 2023, le Niger traverse une crise des droits humains sans précédent. En 2025, la junte militaire au pouvoir intensifie sa répression contre les opposants politiques, les journalistes et les militants des droits humains. Parmi les cibles : l’ancien président Mohamed Bazoum et son épouse, toujours détenus arbitrairement au palais présidentiel de Niamey sans accès à une défense légale. Des responsables du gouvernement renversé, des syndicalistes et des activistes subissent le même sort, dans un contexte où l’État de droit s’effrite.

Parallèlement, le pays fait face à une menace djihadiste croissante. Plusieurs groupes armés, dont l’État islamique au Sahel (EIS), le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM, lié à Al-Qaïda), Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest (EIAO), multiplient les attaques dans les régions occidentales et du sud-est. La zone de Tillabéri, frontalière du Burkina Faso et du Mali, est particulièrement touchée, avec des combats qui s’intensifient et des civils pris pour cible.

« Garkuwar Kassa » : une milice controversée pour lutter contre le terrorisme

En août 2025, la junte a lancé l’opération « Garkuwar Kassa » (« Boucliers de la Patrie » en haoussa), un programme de recrutement et de formation de civils pour soutenir l’armée. Cependant, cette initiative suscite de vives inquiétudes. Les observateurs craignent que la création de milices locales ne favorise des abus de pouvoir et des exactions contre les populations, dans un contexte déjà marqué par l’impunité.

Cette stratégie s’ajoute à d’autres mesures autoritaires, comme la dissolution du multipartisme en mars 2025 par le général Abdourahamane Tiani, qui a prêté serment comme président de transition sans organiser d’élections. Une décision qui éloigne davantage le pays d’un retour à la démocratie.

Exactions des groupes islamistes : une décennie de violences au Sahel

L’insurrection djihadiste, née au Mali en 2012 avant de s’étendre au Niger et au Burkina Faso en 2015, a plongé la région dans une crise humanitaire durable. En 2025, l’EIS a multiplié les attaques meurtrières contre les civils dans la région de Tillabéri.

Les exemples sont nombreux et glaçants :

  • Le 21 mars, une attaque contre une mosquée à Fambita a fait au moins 46 morts, dont trois enfants, ainsi que des maisons incendiées et pillées.
  • Le 13 mai, cinq hommes et deux garçons ont été tués à Dani Fari, avec 12 maisons brûlées.
  • Le 21 juin, plus de 70 fidèles ont été massacrés dans une mosquée à Manda, dont cinq enfants, avec des maisons et des commerces ravagés.
  • Entre le 20 et le 23 juin, des exécutions sommaires et des enlèvements ont été signalés dans les hameaux d’Abarkaize et d’Ezzak.

Les survivants rapportent que les groupes armés exigent le paiement de la zakat (impôt islamique) et accusent les villageois de collaborer avec l’armée nigérienne. Pourtant, les habitants dénoncent l’inaction des forces de sécurité, qui n’auraient pas répondu à leurs demandes de protection.

Oppression politique : arrestations arbitraires et justice sous contrôle

La junte n’épargne pas les figures de l’opposition. Mohamed Bazoum, toujours détenu sans procès équitable, risque un jugement après la levée de son immunité en 2024. Le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire a qualifié sa détention d’illégale et exigé sa libération immédiate.

Des dizaines d’anciens responsables gouvernementaux, d’officiers et de journalistes croupissent en prison pour des motifs politiques. Parmi eux, Moussa Tiangari, militant des droits humains, arrêté en décembre 2024 et inculpé de « complot contre l’État » — un chef d’accusation passible de la peine de mort. Son procès traîne en longueur, sans accès à un avocat dans les délais impartis.

Liberté d’expression et d’association : la junte muselle la société civile

Depuis 2023, la liberté de la presse est systématiquement restreinte. Les journalistes subissent harcèlement, arrestations arbitraires et autocensure par peur des représailles. En janvier 2025, la chaîne Canal 3 TV a été suspendue pendant un mois pour une émission critiquant des ministres, et son rédacteur en chef a vu sa carte de presse révoquée — avant que la sanction ne soit levée sous la pression.

Autres exemples de répression :

  • En février 2025, les autorités ont expulsé le Comité international de la Croix-Rouge sans justification.
  • En mai, trois journalistes de Sahara FM (Agadez) ont été arrêtés pour avoir relayé une information sur des tensions diplomatiques entre le Niger, la Russie et la Turquie. Ils restent détenus malgré un ordre de libération.
  • En août, quatre syndicats de la justice ont été dissous par décret, privant les travailleurs de leur droit à l’association. Le barreau du Niger et l’Union des Syndicats des Travailleurs ont dénoncé une « atteinte gravissime aux libertés fondamentales ».

Ces mesures illustrent une stratégie délibérée de la junte pour étouffer toute contestation et consolider son pouvoir, au mépris des droits humains et des principes démocratiques.

Conséquences régionales : le Niger s’isole et fragilise la justice internationale

En janvier 2025, le Niger a quitté la CEDEAO, suivi par le Mali et le Burkina Faso. Cette décision limite l’accès des citoyens à la justice de la Cour de justice de la CEDEAO. En septembre, les trois pays ont annoncé leur retrait de la Cour pénale internationale (CPI), menaçant l’accès à la justice pour les victimes de crimes graves.

Ces choix politiques isolent davantage le Niger sur la scène internationale et affaiblissent les mécanismes de protection des droits humains, alors que la population subit de plein fouet la double menace des exactions djihadistes et de la répression étatique.