Crise diplomatique entre le Maroc et l’Espagne : le Parti populaire exige des comptes sur Sebta et Melilla

Depuis l’afflux migratoire sans précédent qui a frappé Sebta dans la nuit du 30 au 31 juillet 2026, les relations entre le Maroc et l’Espagne sont au cœur d’une tempête politique à Madrid. Les déclarations du ministre marocain de la Justice, Abdellatif Ouahbi, sur le statut des deux enclaves ont attisé les tensions et déclenché un débat houleux au sein du gouvernement espagnol.

Jaime de los Santos, député du Parti populaire

Jaime de los Santos, député du Parti populaire

Des déclarations qui enflamment Madrid

Abdellatif Ouahbi a provoqué un tollé en affirmant, lors d’un entretien diffusé mardi, que le Maroc envisageait des négociations avec l’Espagne sur le statut de Sebta et Melilla. Pour le ministre, ces deux villes marocaines devraient faire l’objet de discussions bilatérales, dans une logique de dialogue et de patience. Il a également pointé du doigt la gestion de la crise migratoire par Madrid, notamment le retour des mineurs marocains non accompagnés, tout en refusant de jouer le rôle de « gendarme migratoire » pour l’Europe.

Ces propos, perçus comme une remise en cause de la souveraineté espagnole sur les deux enclaves, ont immédiatement relancé les tensions diplomatiques. Le Parti populaire (PP), principal parti d’opposition, a réagi avec fermeté en exigeant du gouvernement de Pedro Sánchez la convocation immédiate de l’ambassadrice du Maroc pour des consultations officielles.

Le PP met la pression sur le gouvernement Sánchez

Jaime de los Santos, député du PP en déplacement à Barcelone, n’a pas mâché ses mots pour critiquer l’inaction du gouvernement. Il a rappelé que Madrid n’avait pas hésité à convoquer l’ambassadeur d’Italie quelques semaines plus tôt, après la suspension de l’accord de Schengen par Rome. Une comparaison qui souligne, selon lui, l’incohérence de l’exécutif face aux provocations marocaines.

Le parti conservateur a également déposé plusieurs questions écrites au Congrès des députés, exigeant des explications de Félix Bolaños, ministre de la Présidence et de la Justice, sur les échanges récents avec son homologue marocain. Les députés veulent savoir quelles suites seront données aux déclarations d’Ouahbi concernant Sebta et Melilla, ainsi que sur la gestion de la crise migratoire.

Une menace d’extradition brandie comme levier

Le PP a également soulevé un point sensible : la possible suspension par le Maroc de l’accord d’extradition liant les deux pays. Cet accord est pourtant considéré comme essentiel pour organiser le retour des migrants ayant franchi la clôture frontalière. Une menace qui, si elle était mise à exécution, compliquerait davantage les relations entre Rabat et Madrid.

Alors que l’opposition cherche à transformer cette affaire en arme politique contre l’exécutif, le gouvernement Sánchez reste pour l’instant sourd aux appels à la fermeté. La crise diplomatique, déjà bien engagée, pourrait encore s’aggraver dans les prochains jours.

Un dossier qui s’annonce long et complexe

Entre une droite espagnole déterminée à faire plier le gouvernement et un Maroc refusant de céder sur ses revendications, le dossier de Sebta et Melilla s’inscrit dans une dynamique de confrontation. Les prochaines semaines seront cruciales pour évaluer si une issue diplomatique peut être trouvée, ou si les tensions continueront de s’amplifier.