Plus d’un million de réfugiés soudanais au Tchad menacés par l’effondrement de l’aide humanitaire
Au Tchad, la situation des réfugiés en provenance du Soudan s’aggrave dramatiquement. Les agences onusiennes tirent la sonnette d’alarme : l’aide vitale — alimentation, eau, abris, soins et protection — pourrait être drastiquement réduite, mettant en péril la vie de plus d’un million d’individus. Cette crise survient alors que le conflit au Soudan entre dans sa quatrième année, exacerbant les besoins humanitaires dans la région.
Un financement insuffisant pour répondre à l’urgence
Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et le Programme alimentaire mondial (PAM) alertent sur un déficit de financement colossal. Moins de la moitié des ressources nécessaires sont disponibles pour couvrir les besoins essentiels des réfugiés. Sans un apport financier immédiat de 428 millions de dollars — dont 289 millions pour le HCR et 139 millions pour le PAM — les coupes dans l’aide seront inévitables, avec des conséquences potentiellement mortelles.
Le Tchad en première ligne face à la crise
Le Tchad, déjà fragilisé par ses propres défis économiques, accueille aujourd’hui 1,3 million de réfugiés soudanais, dont plus de 900 000 depuis 2023. Cette pression démographique est particulièrement marquée dans l’est du pays, où une personne sur trois est désormais réfugiée. Malgré des ressources limitées, les autorités tchadiennes maintiennent leurs frontières ouvertes et continuent d’accueillir des nouveaux arrivants, avec près de 15 000 réfugiés supplémentaires depuis janvier 2026.
Seulement 40 % des réfugiés reçoivent une assistance minimale
Sur le terrain, les conséquences du manque de fonds sont déjà visibles. Le HCR ne peut fournir une assistance de base qu’à 4 réfugiés sur 10, laissant des centaines de milliers de personnes sans accès adéquat à l’eau, aux abris ou aux soins médicaux. « Ce que nous constatons dans l’est du Tchad illustre le coût humain des insuffisances de financement », déclare Patrice Ahouansou, représentant du HCR au Tchad.
Les chiffres sont alarmants :
- 80 000 familles sans abri, survivant avec moins de la moitié de la quantité d’eau quotidienne requise.
- Des centres de santé saturés, des services de protection réduits pour les victimes de violences sexuelles, et des classes scolaires surchargées (plus de 100 élèves par enseignant).
- 243 000 personnes bloquées dans des zones frontalières de l’est, faute de moyens pour les relocaliser vers des sites plus sûrs. Elles vivent dans des conditions précaires, exposées aux maladies, à l’insécurité et aux intempéries.
L’aide alimentaire en chute libre
Le PAM, qui soutient plus d’un million de personnes dans les zones d’accueil, ne dispose que de 50 % des fonds nécessaires. Résultat : les rations alimentaires ont été réduites de moitié pour la majorité des réfugiés. « Les femmes et les jeunes enfants sont les premières victimes de cette situation, car la prise en charge nutritionnelle des nouveaux arrivants est sous une pression extrême », explique l’agence.
Sarah Gordon-Gibson, directrice et représentante du PAM au Tchad, met en garde : « Avec moins de la moitié des ressources dont nous avons besoin, nous ne pouvons pas fournir une aide alimentaire suffisante aux personnes les plus vulnérables. Cela contraindra les familles à adopter des stratégies de survie dangereuses, mettant des vies en danger. »
Un appel pressant à la communauté internationale
Les agences onusiennes tirent la sonnette d’alarme : sans un soutien financier urgent, la situation risque de s’aggraver rapidement. « Nous avons terminé 2025 avec seulement un tiers des fonds nécessaires pour répondre à l’urgence. Sans un apport immédiat des donateurs, 2026 sera marqué par des réductions budgétaires supplémentaires, des conditions de vie encore plus difficiles et des souffrances accrues pour des familles qui ont déjà fui la guerre », déclarent le HCR et le PAM.
Bien que reconnaissant la générosité des donateurs, les deux agences exhortent la communauté internationale à se mobiliser d’urgence pour les six prochains mois. « L’ouverture continue du Tchad doit s’accompagner d’un partage équitable des responsabilités à l’échelle mondiale, avant que la situation ne devienne ingérable », soulignent-elles.