Le gouvernement français pousse désormais l’Union européenne à revoir sa stratégie industrielle. Après des mois de pression, Paris insiste sur l’urgence de remplacer une logique purement concurrentielle par une approche plus offensive, axée sur la souveraineté et la résilience des chaînes de production. L’objectif ? Éviter que l’Europe ne dépende trop des marchés étrangers, notamment de la Chine, et renforcer les secteurs clés comme les technologies propres ou les véhicules électriques.

Pourtant, cette ambition européenne se heurte à une réalité complexe : la France entretient depuis vingt ans une collaboration industrielle sans précédent avec le Maroc. Aucun autre État membre de l’UE ne partage une telle interdépendance avec le Royaume. Cette relation unique place Paris dans une position délicate : défendre un « Fabriqué en Europe » strict tout en ayant tissé des liens étroits avec un pays extérieur à l’Union.

Dans l’automobile, les sites de production marocains de Renault à Tanger et de Stellantis à Kenitra fonctionnent désormais comme des extensions des usines françaises. Les équipementiers locaux fournissent des composants directement aux chaînes de montage européennes. Le même phénomène s’observe dans l’aéronautique, où des groupes comme Safran, Daher ou Latécoère ont intégré les capacités industrielles marocaines à leur propre écosystème. Le Maroc n’est plus un simple sous-traitant : il contribue activement à la compétitivité du tissu productif français et européen.

«Aucun autre pays de l’UE ne partage une interdépendance aussi marquée avec le Maroc que la France.»

La stratégie française ne vise pas à isoler l’Europe, mais à éviter que la préférence européenne ne devienne une coquille vide. L’Hexagone propose une approche ciblée : différencier les partenaires qui renforcent la compétitivité et la sécurité des approvisionnements de ceux qui restent de simples fournisseurs, voire des acteurs menaçant la souveraineté européenne.

Cette vision sera testée lors d’une évaluation politique des travaux sur le règlement pour l’accélération industrielle, prévue mi-juillet. La position de l’Allemagne sera cruciale. Berlin, longtemps réticent à l’idée d’une préférence industrielle européenne, fait face à une crise sans précédent et à une montée des pressions politiques internes. Une ouverture sélective envers les partenaires fiables pourrait-elle servir de compromis entre Paris et Berlin ? C’est autour de cette question que se jouera l’avenir du partenariat franco-marocain. Bien que la France n’ait pas officiellement désigné le Maroc comme partenaire privilégié, les deux pays semblent naturellement alignés sur cette voie.

Le Parlement européen jouera également un rôle clé. Deux rapporteurs français y occupent des positions stratégiques pour façonner le futur règlement. Leur mission : garantir que les nouvelles règles ne fragilisent pas l’alliance industrielle entre le Maroc et la France, un partenariat devenu indispensable pour les deux économies.