
Fermée depuis trois ans, la frontière entre le Bénin et le Niger pourrait bientôt rouvrir. Samedi 20 juin, le général Mohamed Toumba, ministre nigérien de l’Intérieur, s’est rendu à Cotonou pour rencontrer les experts chargés du dossier. Il a formulé trois exigences préalables : la conclusion d’un accord de défense, un pacte de sécurité garantissant la non-utilisation réciproque des territoires, et une transparence totale sur les dispositifs étrangers stationnés près de la frontière. Invité d’une radio ce jeudi 25 juin, Guillaume Moumouni, docteur en sciences politiques, livre son analyse.
Le Bénin aurait-il des raisons de refuser ces conditions ?
Il faut replacer cela dans le cadre normal de toute négociation. Chaque partie cherche d’abord à maximiser ses attentes, avant de réviser ce qui est acceptable pour l’autre. Sur le fond, le Bénin ne peut pas rejeter les préalables tels qu’ils sont énoncés, d’autant qu’un accord de défense existait déjà entre les deux pays, avant que le Niger ne le dénonce en septembre 2023. Concernant la transparence, le Bénin a déjà fourni à plusieurs reprises des explications claires pour prouver l’absence de bases étrangères. Ce deuxième point relève surtout d’un besoin de réassurance. Le troisième préalable paraît plus sensible et pourrait donner lieu à des discussions. Rien n’indique que toutes les conditions seront acceptées en bloc.
Au-delà de ces trois conditions, quels sont les autres points de blocage ?
Le principal point de blocage semble être l’absence de garantie, du côté nigérien, contre une violation de son territoire par des forces étrangères. Cela renvoie essentiellement à la France, qui entretient des relations tendues avec le pouvoir nigérien tout en maintenant une coopération militaire normale avec le Bénin. C’est la pierre d’achoppement majeure. Nous sommes dans un dilemme sécuritaire. Les plus hautes autorités des deux pays ont manifesté leur volonté politique de renouer les liens diplomatiques. Ce point n’est pas insurmontable : le Niger cherche surtout à être rassuré qu’aucune velléité hostile n’existe à sa frontière.
La fermeture de la frontière dure depuis trois ans, avec des conséquences lourdes pour les populations, les routiers, ainsi que sur les plans économique et sécuritaire. Une réouverture ne devient-elle pas inévitable ?
C’est un point crucial. Il faut aussi rappeler du côté nigérien que la fermeture n’est pas uniquement imputable au Bénin ; le Niger y a aussi contribué. Le port de Cotonou reste la porte d’entrée naturelle du Niger. Le coût d’opportunité est très élevé pour les deux économies. Les deux parties ont donc tout intérêt à trouver une solution rapidement.