PolitiqueRépublique démocratique du Congo

Fermeture de la frontière entre la RDC et le Rwanda : des milliers de vies économiques menacées

Un jeune commerçant de Goma témoigne : « Nos revenus ont chuté de plus de la moitié depuis la fermeture »

Point de passage frontalier entre Goma en RDC et Gisenyi au Rwanda

Depuis plusieurs semaines, la fermeture des postes frontaliers entre Goma et Gisenyi a plongé les commerçants de la région dans une situation économique des plus précaires. Jacques Safari, vendeur ambulant d’œufs, fait partie de ces nombreux travailleurs dont l’existence dépendait directement de cette frontière.

« Avant, je vendais jusqu’à cinq plaquettes d’œufs quotidiennement. Aujourd’hui, je peine à écouler deux plaquettes. Le problème ? La majorité de mes clients étaient des voyageurs transfrontaliers. Leur disparition a réduit mes ventes de manière dramatique », explique-t-il avec une voix empreinte de désolation.

Approvisionnement en péril pour les commerçants

Les grossistes du marché de Birere subissent le même sort. Hamuli Kasilembo, spécialisé dans la vente de produits manufacturés, décrit une situation de plus en plus intenable : « Traverser la frontière pour s’approvisionner était une routine. Aujourd’hui, chaque déplacement se heurte à des restrictions insurmontables. Même trouver des clients devient un parcours du combattant : l’argent ne circule plus comme avant. »

Les détaillants locaux, habitués à s’approvisionner au Rwanda pour des denrées de base comme le riz, le savon ou divers produits de première nécessité, voient leurs stocks s’épuiser. Les coûts logistiques explosent, et les délais d’approvisionnement s’allongent considérablement.

Analyse des conséquences économiques

Les économistes tirent la sonnette d’alarme. Alphonse Muanda, spécialiste des questions transfrontalières, souligne l’impact disproportionné sur les populations les plus vulnérables : « Les petits commerçants paient le prix fort. Leur survie dépendait des échanges quotidiens avec le Rwanda. Beaucoup achetaient en gros des produits à Gisenyi pour les revendre sur place. La fermeture les prive de leur principal moyen de subsistance. »

Selon l’expert, plus de 60% des transactions transfrontalières impliquaient des micro-entrepreneurs dont les activités se sont brutalement arrêtées. Les conséquences s’étendent bien au-delà du commerce : « Des familles entières voient leurs revenus fondre, aggravant une précarité déjà alarmante dans la région. »

Les autorités rwandaises ont justifié cette mesure par des impératifs sanitaires, invoquant la nécessité de contenir la propagation du virus Ebola. Pourtant, malgré l’urgence sanitaire passée, la frontière reste close, laissant présager une aggravation de la crise sociale dans les semaines à venir.

À Goma, l’inquiétude grandit. Les habitants redoutent que cette situation ne s’inscrive dans la durée, transformant une crise sanitaire en catastrophe économique et sociale.