Libreville – Le Gabon mise sur sa biodiversité exceptionnelle pour bâtir une économie résiliente. La nouvelle stratégie nationale du tourisme durable et de l’artisanat, présentée ce mardi à la Cité de la Démocratie, ambitionne de transformer les atouts naturels en moteur de croissance.
Derrière cette feuille de route se profile une vision renouvelée du développement. Il ne s’agit plus seulement de promouvoir le tourisme, mais de faire de l’environnement un pilier de la diversification économique. Le pays, dont le territoire est couvert à plus de 88 % de forêts, entend valoriser ses parcs nationaux, sa culture et son artisanat comme des actifs générateurs d’emplois et de revenus.
La ministre du Tourisme durable et de l’Artisanat, le Pr Marcelle Ibinga épouse Itsitsa, a insisté sur le rôle structurant du secteur : « Le tourisme n’est pas une simple activité économique, c’est un outil de développement territorial, une vitrine identitaire et un levier d’investissement capable de transformer durablement nos territoires. »
71 projets pour changer d’échelle
Le constat est clair : malgré un potentiel reconnu, le secteur touristique gabonais n’a jamais réellement décollé, freiné par des lacunes institutionnelles, juridiques et organisationnelles. Pour y remédier, la stratégie prévoit 71 projets prioritaires, allant de la modernisation des infrastructures à la professionnalisation des opérateurs, en passant par le développement de circuits écotouristiques et la valorisation du patrimoine artisanal.
L’objectif est d’accroître significativement la part du tourisme dans le produit intérieur brut, tout en préservant l’intégrité écologique qui fait la singularité du pays. Le Gabon dispose d’un avantage compétitif rare en Afrique : ses forêts couvrent plus de 88 % du territoire, ses parcs nationaux sont parmi les mieux préservés du continent, et sa faune comme sa flore constituent un patrimoine mondial encore largement sous-exploité.
Une économie qui ne peut plus fonctionner en silos
Le succès de cette stratégie repose sur une coordination étroite entre les différents ministères. Le ministre de l’Industrie, Lubin Ntoutoume, a souligné qu’aucun département ne pouvait relever seul ce défi. Le tourisme implique les infrastructures, les transports, la culture, l’environnement, les eaux et forêts, l’aménagement du territoire et la formation professionnelle. Cette approche intégrée marque un tournant dans la gouvernance économique : le tourisme n’est plus un secteur périphérique, mais un catalyseur capable d’entraîner plusieurs filières, de stimuler l’investissement privé et de créer des emplois dans des zones reculées.
L’artisanat occupe une place clé dans cette vision. En valorisant les savoir-faire locaux, il contribue à préserver le patrimoine culturel tout en générant des revenus pour des milliers de familles.
Le moment de vérité
Pour donner une impulsion symbolique, l’actrice et productrice Nelly Obono a été désignée égérie de la caravane touristique nationale. L’artiste Annie Flore a, quant à elle, offert sa chanson Je t’invite pour promouvoir le pays. Mais au-delà des symboles, l’enjeu est l’exécution. Le vice-président de la République, Alexandre Barro Chambrier, a appelé toutes les administrations, collectivités locales et acteurs économiques à s’approprier cette stratégie pour la concrétiser.
La remise officielle du document et la mise en place immédiate d’une équipe chargée de sa mise en œuvre marquent le passage de la réflexion à l’action. La troisième édition de la Caravane nationale du tourisme, prévue du 17 juillet au 6 septembre, sera le premier test grandeur nature de cette nouvelle politique.
Pour le Gabon, le défi dépasse le simple développement touristique. Il s’agit de prouver qu’un pays peut transformer la protection de son environnement en un moteur de prospérité. Dans un contexte mondial où les modèles économiques durables sont recherchés, cette stratégie pourrait faire du Gabon un laboratoire africain de l’économie verte.