Politique

Gabon : l’heure des comptes pour le gouvernement

Libreville, mercredi 3 juin 2026 — À l’Assemblée nationale, les députés gabonais ont mis le gouvernement à l’épreuve lors d’un exercice démocratique sans précédent. Ce grand oral parlementaire a révélé les priorités d’une nation en quête de stabilité et de progrès.

Mardi, lors de la première séance de questions orales de la 14ème législature, les élus ont interrogé les ministres sur les défis majeurs du Gabon : pouvoir d’achat, éducation, santé, sécurité, emploi et souveraineté économique. Une démonstration de transparence qui intervient à quelques jours du Congrès du Parlement prévu le 15 juin, où le président Brice Clotaire Oligui Nguema présentera son bilan.

une jeunesse en première ligne des préoccupations

Parmi les sujets les plus débattus, la consommation de drogues dans les écoles a retenu l’attention. Interrogé par la sixième vice-présidente de l’Assemblée nationale, Huguette Tsono, le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, a reconnu l’urgence de la situation. La lutte contre ces fléaux s’impose comme un enjeu central pour l’avenir du pays, où les jeunes représentent une part majeure de la population.

Le système éducatif n’a pas été épargné. Face aux questions du député Dorland Chancely Olengué, la ministre d’État Camélia Ntoutoume-Leclercq a souligné les avancées des réformes en cours. Un sujet sensible, car les familles attendent des améliorations concrètes dans un domaine où les résultats tardent à se faire sentir.

souveraineté économique : le virage industriel du Gabon

Les débats ont aussi porté sur l’économie. L’interdiction progressive des importations de poulet de chair a fait couler beaucoup d’encre. Pour le ministre de l’Agriculture, Pacôme Kossy, cette mesure vise à développer une filière avicole locale compétitive et créatrice d’emplois. Une stratégie qui s’inscrit dans une logique plus large de réduction de la dépendance alimentaire et de valorisation des ressources nationales.

Le secteur minier n’a pas été oublié. Le ministre des Mines, Sosthène Nguema Nguema, a annoncé l’interdiction des exportations de manganèse brut. Une décision qui marque un tournant : transformer localement les matières premières pour capter davantage de valeur ajoutée sur le territoire. Une approche qui s’aligne sur les tendances africaines visant à industrialiser les ressources naturelles.

les urgences sociales au cœur des débats

Les difficultés administratives ont également été pointées du doigt. Les retards dans la délivrance des cartes d’identité et des passeports, notamment dans les zones reculées, ont été dénoncés devant le ministre de l’Intérieur, Adrien Nguema Mba. Un problème qui touche directement les citoyens et reflète les inégalités d’accès aux services publics.

Les questions sociales n’ont pas été négligées. Les retraités, les assurés de la CNAMGS, les personnes en situation de handicap et les mères célibataires ont vu leurs inquiétudes portées à la connaissance de la ministre des Affaires sociales, Armande Longo épouse Moulengui. Ces échanges rappellent que la croissance économique doit s’accompagner d’améliorations tangibles pour les Gabonais.

le parlement retrouve son rôle institutionnel

Cette séance de questions orales a marqué un retour en force de l’Assemblée nationale comme lieu de débat public. En abordant des thèmes variés — sécurité alimentaire, transformation industrielle, éducation, santé ou gouvernance — les députés ont réaffirmé leur mission de contrôle démocratique. Le président de l’Assemblée nationale, Michel Régis Onanga Ndiaye, a clos les débats en soulignant l’importance du prochain Congrès du Parlement, où seront évaluées les réformes engagées depuis la Transition.

Cette première séance de la 14ème législature s’est révélée bien plus qu’un simple exercice parlementaire. Elle a mis en lumière un pays en pleine mutation, mais aussi confronté à des défis sociaux immenses. Entre quête de souveraineté économique, modernisation de l’État et amélioration du quotidien, le gouvernement est désormais jugé sur sa capacité à concrétiser ses promesses. Dans les mois à venir, c’est sur ce terrain que se jouera la crédibilité de l’action publique au Gabon.