Au Tchad, des figures de l’opposition graciées mais leur casier judiciaire reste intact

Le président Mahamat Idriss Déby a annoncé, ce vendredi, la libération de plusieurs opposants politiques condamnés à de lourdes peines. Parmi eux figurent l’ancien Premier ministre Succès Masra, condamné à vingt ans de prison pour insurrection, ainsi que huit autres dirigeants de partis membres de la plateforme GCAP.

Cette mesure de clémence présidentielle annule leurs peines de prison, mais ne les innocente pas. Leurs condamnations judiciaires, civiles et financières sont maintenues, tout comme leur inéligibilité politique. Une distinction cruciale, car elle les empêche de récupérer pleinement leurs droits civiques.

L’analyste politique Bétinbaye Yamingué souligne cette nuance : « Le chef de l’État agit dans un contexte où une partie de l’opinion publique attend de lui des gestes forts. En utilisant ses prérogatives constitutionnelles, il libère ces personnalités. Mais la balle est désormais dans le camp du Parlement, seul habilité à voter une amnistie ».

Des opposants tchadiens en 2024

Un Parlement sous contrôle : l’amnistie reste un parcours du combattant

Pour que ces leaders politiques recouvrent l’intégralité de leurs droits, une amnistie est indispensable. Or, au Tchad, cette compétence revient exclusivement à l’Assemblée nationale. Problème : celle-ci est largement dominée par le parti au pouvoir, qui détient 124 sièges sur 188.

L’observateur politique Bétinbaye Yamingué met en garde : « Libérer ces opposants est une première étape, mais insuffisante. Pour apaiser durablement le climat politique, il faut leur permettre de retrouver une place active dans la vie publique. Sans cela, cette grâce pourrait être perçue comme une simple tactique pour calmer les tensions, sans réel engagement démocratique ».

Réactions contrastées : entre satisfaction et rejet de la grâce présidentielle

Les avis sont partagés au sein de la classe politique tchadienne. Le parti Les Transformateurs, dont Succès Masra est le leader, n’a pas encore réagi officiellement, préférant attendre sa libération prévue dans les prochains jours. Sa chargée de communication a indiqué que la direction du parti souhaitait évaluer la situation avant de se prononcer.

À l’opposé, le vice-président du même parti, Ndolembai Sadé Njesada, a salué la décision du président. Il a exprimé sa gratitude pour ce qu’il considère comme un pas vers l’unité nationale, tout en espérant l’ouverture d’un dialogue constructif pour consolider la paix.

Le porte-parole du GCAP, Hissein Abdoulaye, a adopté un ton plus critique. Pour lui, cette grâce est une demi-mesure : « Condamner puis gracier quelques mois plus tard, tout en maintenant les condamnations et l’inéligibilité, équivaut à un recul démocratique majeur. Nous réclamons une amnistie totale, sans condition ».

Du côté du pouvoir, le Mouvement patriotique du salut (MPS) a salué une décision « *salutaire* », permettant à ces responsables politiques de retrouver leur famille et, selon eux, de contribuer à la stabilité du pays.