Au Sénégal, la peur de l’arrestation pousse les personnes lgbtq+ à fuir vers la France

Témoignage Rejet familial, climat oppressant, angoisse quotidienne… Depuis le durcissement des peines pour homosexualité en mars dernier, les demandes d’exil de personnes lgbtq+ vers la France se sont intensifiées. Plusieurs associations comme Stop Homophobie ou SOS Homophobie unissent leurs efforts pour répondre à cette crise humanitaire.

Avant mars 2026, les relations homosexuelles au Sénégal bénéficiaient d'une tolérance relative malgré un rejet social marqué.

Chérif* a atterri en France début juin, avec une peur viscérale au creux de l’estomac : celle de ne plus jamais pouvoir rentrer au Sénégal. « J’étais certain que je finirais en prison si je restais », confie-t-il. Son angoisse a été déclenchée par l’arrestation d’un proche, médiatisée et liée à un scandale politique impliquant Ousmane Sonko. Ce dernier, figure politique majeure, a porté le projet de loi alourdissant les peines pour homosexualité, passant de cinq à dix ans de prison – une mesure adoptée le 11 mars 2026. « Quand j’ai lu dans la presse que mon ami était en détention, j’ai su que ma vie basculait », raconte-t-il. Les messages échangés entre eux ont été effacés, les photos supprimées, comme pour effacer toute trace de son existence.

Le Sénégal vit une période sombre depuis l’adoption de cette loi. Les discours haineux se multiplient, alimentés par les réseaux sociaux et les médias. Chérif décrit un pays où « chaque regard, chaque murmure peut devenir une menace ». « On nous accuse de pervertir la jeunesse, de détruire les valeurs traditionnelles », explique-t-il, amer. La pression est telle que même ses proches ont commencé à le regarder différemment.

Cette loi a transformé des vies en parcours du combattant. Les personnes lgbtq+ doivent désormais choisir entre vivre cachées ou fuir. Les associations comme Stop Homophobie ou Le Refuge reçoivent des dizaines d’appels chaque semaine, des demandes d’aide pour organiser des départs vers des pays plus sûrs. « Beaucoup nous contactent en larmes, terrifiés à l’idée d’être arrêtés demain », explique un bénévole. La France, destination privilégiée en raison de sa proximité culturelle et linguistique, est devenue un havre de sécurité malgré les défis administratifs.