Iyad Ag Ghaly et ses complices : le Mali frappe fort avec des primes record

Portrait d'Iyad Ag Ghaly.

Les autorités maliennes viennent de durcir leur position face à la menace terroriste en offrant jusqu’à 2 milliards de francs CFA pour la capture d’Iyad Ag Ghaly, figure emblématique du djihadisme au Sahel. Cette annonce s’accompagne de primes similaires pour plusieurs de ses lieutenants, dans un contexte marqué par une escalade des violences.

Le général Daoud Aly Mouhammedine, ministre de la Sécurité et de la Protection civile, a officiellement lancé un appel à la vigilance via un communiqué diffusé par la télévision d’État. Il invite la population à collaborer activement avec les forces armées pour localiser sept individus jugés dangereux pour la stabilité nationale.

Ce qu’ont décidé les autorités maliennes

Marché animé au Mali.

Dans un communiqué diffusé jeudi, le gouvernement malien a précisé les montants des récompenses offertes pour chaque cible. Iyad Ag Ghaly, leader du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), arrive en tête avec une prime de 2 milliards de francs CFA.

Parmi les autres personnalités ciblées, Amadou Koufa et Abdoulaye Mohamed (alias Habib), chefs de la katiba Macina, se voient attribuer une récompense de 1,5 milliard de francs CFA chacun. Algabas Ag Intallah, figure politique et militaire du Front de libération de l’Azawad, est recherché pour 1 milliard de francs CFA.

Enfin, trois responsables du Front de libération de l’Azawad (Ghita, Bilal Chérif et Abderrahmane Al Banna) sont mis à prix à 500 millions de francs CFA chacun.

Cette décision intervient après les attaques coordonnées du 25 avril, menées conjointement par des djihadistes du GSIM et des séparatistes du Front de libération de l’Azawad, ayant coûté la vie au ministre de la Défense, Sadio Camara.

Qui est Iyad Ag Ghaly ?

Iyad Ag Ghaly en 2012 à Kidal.

Né en 1958 à Boghassa, dans la région de Kidal, Iyad Ag Ghaly est une figure incontournable du paysage sahélien. Son parcours, marqué par des alliances successives avec des groupes armés, en fait l’un des acteurs les plus redoutés de la région.

Après un passage en Libye dans les années 1970, où il intègre les rangs du colonel Kadhafi, il revient au Mali au début des années 1990. Il fonde alors le Mouvement populaire pour la libération de l’Azawad (MPLA) et déclenche une rébellion touarègue avant de signer un accord de paix avec Bamako en 1992.

Son engagement dans l’islamisme radical le pousse ensuite à se rapprocher du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), ancêtre d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). En 2012, il crée le groupe Ansar Dine et participe à la prise de contrôle du nord du Mali, avant de fusionner cinq ans plus tard plusieurs groupes djihadistes sous la bannière du GSIM, dont il prend la tête.

Selon le Timbuktu Institute, Iyad Ag Ghaly est aujourd’hui « l’homme le plus recherché du Sahel » et représente une menace majeure pour les autorités maliennes. Son organisation, le GSIM, est affiliée à Al-Qaïda et mène des attaques dans plusieurs pays de la région, notamment le Mali, le Burkina Faso et le Niger.

Une stratégie de guerre asymétrique

Le Timbuktu Institute souligne un changement de tactique chez Iyad Ag Ghaly. Plutôt que de se concentrer uniquement sur des affrontements directs avec l’armée, il privilégie désormais des actions visant à paralyser l’économie. En coupant les routes principales, en sabotant les infrastructures énergétiques et en ciblant les axes logistiques, il cherche à asphyxier la capitale et à déstabiliser le pouvoir en place.

« Son objectif n’est pas de diriger le Mali, mais de le fragiliser de l’intérieur pour provoquer un renversement politique », analyse le think tank basé à Dakar. Cette approche, qualifiée de « blocage économique », force les autorités à revoir leur stratégie de sécurité pour protéger non seulement les zones frontalières, mais aussi le cœur du pays.

Un mandat d’arrêt international a été émis contre Iyad Ag Ghaly par la Cour pénale internationale (CPI), qui le soupçonne d’avoir commis des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité entre 2012 et 2013. Malgré son influence grandissante, il reste un personnage insaisissable, préférant opérer depuis l’ombre tout en orchestrant des attaques à grande échelle.