La Côte d’Ivoire mise sur des champions économiques locaux pour son essor

Après quinze années de croissance soutenue, la Côte d’Ivoire ambitionne de franchir une nouvelle étape en s’appuyant sur l’émergence de champions économiques nationaux. Ces entreprises privées, devenues des acteurs incontournables, sont appelées à jouer un rôle central dans le Plan national de développement 2026-2030, visant à faire du pays une économie à revenu intermédiaire d’ici la fin de la décennie.

Des entreprises locales en pleine expansion

Dans l’enceinte de la zone industrielle de Yopougon, en périphérie d’Abidjan, des ouvrières s’activent autour de lignes de production de cosmétiques naturels à base de beurre de karité. Parmi elles, Fodé Yattabaré, PDG de l’entreprise Kaera, raconte avec fierté le parcours de sa société, née dans un modeste appartement à la fin des années 2000.

Avec désormais 600 salariés, Kaera exporte ses produits de beauté dans une trentaine de pays, des capitales d’Afrique de l’Ouest jusqu’à Paris et Dubaï. « L’écosystème ivoirien favorise l’éclosion d’entrepreneurs comme nous. Cela renforce notre confiance dans l’avenir », confie Fodé Yattabaré, qui envisage désormais de conquérir le marché européen.

Une stabilité politique et économique attractive

Après une décennie de crise politico-militaire (2002-2011) qui a lourdement pesé sur son économie, la Côte d’Ivoire a retrouvé une stabilité enviable. Sa croissance économique, régulièrement supérieure à 6% par an, en a fait l’une des locomotives d’Afrique de l’Ouest. « La Côte d’Ivoire reste l’un des pays les plus stables de la région. Ses infrastructures de qualité, son environnement sécurisé et sa stabilité politique attirent et rassurent les investisseurs. Lever des fonds y est bien plus aisé qu’ailleurs », souligne Régis Bamba, cofondateur de Djamo, une start-up financière ivoirienne lancée en 2020.

Djamo propose une solution hybride entre banque traditionnelle et paiement mobile, qui a déjà séduit deux millions d’utilisateurs, dont une majorité non bancarisée auparavant. Cette entreprise, à l’instar de Kaera ou du distributeur de carburant Pétro Ivoire, incarne cette nouvelle génération de champions économiques ivoiriens, appelés à entraîner dans leur sillage des PME et à dynamiser l’ensemble de l’économie.

Un rôle clé pour les PME et l’État

« Cela nous confère une responsabilité majeure, celle d’être exemplaires », explique Sébastien Kadio Morokro, PDG de Pétro Ivoire. Pour Régis Bamba, « l’État doit investir massivement pour créer ces champions nationaux qui, à leur tour, formeront, éduqueront et créeront de la valeur, avant de réinvestir ».

Le ministre du Plan, Souleymane Diarrassouba, confirme cette vision : « La Côte d’Ivoire met en œuvre une politique dédiée aux PME. Pour devenir un champion, il faut d’abord être dans une pépinière, être accompagné et soutenu. Nous espérons voir naître plusieurs centaines de champions nationaux dans les années à venir ».

Un soutien international massif

La confiance des investisseurs se traduit par des engagements financiers concrets. Début juillet, la Côte d’Ivoire a obtenu 80 milliards de dollars de financements publics internationaux pour son Plan national de développement 2026-2030, soit quatre fois plus que prévu initialement. Le secteur privé devrait apporter près de 150 milliards de dollars supplémentaires.

Selon Blaise Makaye, économiste et chercheur à l’université de Bouaké, « c’est la dernière phase de la stratégie visant à faire de la Côte d’Ivoire un pays à revenu intermédiaire d’ici 2030, avec un revenu brut annuel par habitant dépassant 4 000 dollars » (contre 2 700 dollars actuellement).

Numérisation et défis persistants

Les entrepreneurs plaident pour une accélération de la numérisation de l’économie, afin de faciliter les échanges et réduire la bureaucratie et la corruption, deux maux encore bien présents dans le pays. « La digitalisation de l’administration permet à l’État d’élargir son assiette fiscale et de dégager davantage de recettes pour financer le développement », rappelle Blaise Makaye. Il souligne aussi l’impact positif des récentes découvertes de pétrole et de gaz.

Un autre souhait récurrent : l’accélération de la mise en place de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), qui pourrait offrir un marché de près d’1,5 milliard de consommateurs. « L’harmonisation des normes et réglementations entre pays africains est le principal obstacle. La ZLECAf pourrait tout changer », estime Fodé Yattabaré. Régis Bamba renchérit : « Plus de libre-échange, c’est plus d’opportunités, plus de facilité et plus de valeur créée ».

Une économie en pleine mutation

Malgré un secteur informel toujours dominant (près de 90% des emplois), les indicateurs macroéconomiques sont au vert. La Côte d’Ivoire a vu sa note souveraine relevée à BB par l’agence Fitch en décembre dernier. Les perspectives s’annoncent prometteuses, portées par l’innovation, l’entrepreneuriat et une vision ambitieuse pour les années à venir.