La RDC dénonce à l’ONU l’exploitation illicite des minerais et l’inaction face au Rwanda

La ministre des Affaires étrangères de la RDC lors de son intervention à New York

Lors d’une réunion de haut niveau des Nations unies à New York le 14 juillet 2026, la République démocratique du Congo a alerté la communauté internationale sur les conséquences dévastatrices de l’exploitation illicite des minerais stratégiques dans ses provinces de l’Est. Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre d’État des Affaires étrangères, a porté devant l’assemblée la voix d’un pays dont les ressources naturelles alimentent les conflits tout en étant cruciales pour la transition énergétique mondiale.

La cheffe de la diplomatie congolaise a souligné que l’exploitation illégale des gisements de coltan à Rubaya, dans le Nord-Kivu, illustre parfaitement cette problématique. Selon ses déclarations, cette région représente à elle seule entre 15 % et 30 % de la production mondiale de ce minerai essentiel à la fabrication des composants électroniques. Pourtant, les revenus issus de cette activité illicite, estimés à environ 800 000 dollars américains par mois, profitent directement au groupe armé M23, soutenu selon des sources onusiennes par les Forces de défense rwandaises.

Une gouvernance des ressources naturelles au cœur des tensions régionales

Thérèse Kayikwamba Wagner a dénoncé avec fermeté l’absence de sanctions onusiennes contre les Forces de défense rwandaises, malgré les preuves accablantes fournies par les experts des Nations unies. Elle a pointé du doigt une faille majeure dans l’architecture internationale de gouvernance : « L’exploitation illicite de nos ressources ne se limite pas à un enjeu économique. Elle menace notre souveraineté, érode l’autorité de l’État et peut conduire à des violations de l’intégrité territoriale. »

La ministre a rappelé que la RDC, en tant que présidente du Conseil de sécurité des Nations unies, plaide pour une approche intégrée liant la gouvernance des ressources naturelles, la prévention des conflits et la consolidation de la paix. Elle a insisté sur la nécessité de traduire les principes directeurs onusiens en actions concrètes sur le terrain : « Les recommandations du Secrétaire général doivent se concrétiser par des changements mesurables. Une gouvernance responsable des minerais ne peut se contenter de déclarations d’intention. »

Vers une responsabilité partagée dans la chaîne de valeur des minerais

Dans son discours, Thérèse Kayikwamba Wagner a plaidé pour une refonte des partenariats internationaux autour des minerais stratégiques. Elle a appelé à une responsabilité étendue à l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur : producteurs, négociants, transformateurs, institutions financières et pays consommateurs. « La transition énergétique ne doit pas reproduire les schémas de dépendance passés. Les partenariats doivent soutenir la valorisation locale, le transfert de technologies, la recherche et l’industrialisation. »

Elle a également mis en avant l’importance de la traçabilité pour lutter contre la fraude et le financement des groupes armés, tout en protégeant les exploitants artisanaux légitimes : « Les mécanismes de traçabilité doivent être équilibrés. Ils ne doivent pas pénaliser les producteurs locaux tout en laissant prospérer les circuits illégaux alimentant les conflits. »

Transition énergétique : un équilibre à trouver entre progrès industriel et justice sociale

La ministre a conclu son intervention en insistant sur la nécessité d’évaluer la réussite de la transition énergétique au-delà de ses performances industrielles. Pour la RDC, le véritable succès se mesurera à l’aune de la sécurité, de la souveraineté et de la prospérité des populations des pays producteurs : « Une transition énergétique qui ne profite pas aux communautés locales n’aura pas tenu ses promesses. »

Cette prise de parole intervient dans un contexte marqué par des accords diplomatiques récents entre la RDC, les États-Unis et le Rwanda, visant à désamorcer les tensions dans l’Est du pays. Malgré ces avancées, la situation sécuritaire reste précaire, avec la persistance des contrôles territoriaux par les rebelles du M23 et la poursuite des affrontements. Les efforts de médiation, notamment le processus de Doha sous l’égide du Qatar, peinent à produire des résultats tangibles, révélant le décalage persistant entre les engagements diplomatiques et la réalité sur le terrain.