Politique

la stratégie controversée du vivier loyaliste de diomaye faye

Au-delà des remaniements administratifs, le président Bassirou Diomaye Faye construit méthodiquement un réseau d’alliés politiques pour renforcer son influence, au risque d’ébranler les fondations de son propre mouvement

La stratégie de remplacement systématique des cadres affiliés à Ousmane Sonko dans les institutions publiques n’est pas le fruit d’un hasard conjoncturel. Elle s’inscrit dans une vision à long terme : bâtir un réseau de fidèles entièrement dévoués à Bassirou Diomaye Faye. Cette approche, qui vise à consolider une base politique solide, pourrait à terme fragiliser le mouvement Pastef, dont certains militants historiques risquent de se retrouver marginalisés.

En constituant progressivement un vivier de responsables « Diomaye compatibles », l’actuel président cherche à étendre son influence bien au-delà des institutions. L’objectif affiché ? Ancrer durablement son pouvoir et celui de sa future formation politique dans tout le pays. Cependant, cette manœuvre suscite des interrogations, voire des inquiétudes, y compris parmi les partisans les plus engagés du mouvement.

Parmi eux, certains estiment que cette stratégie pourrait vider Pastef de ses cadres les plus expérimentés, ceux qui ont contribué à la victoire électorale et à la conquête de l’appareil d’État. Une crainte partagée par des figures comme Birame Souleye Diop, ancien ministre et pilier du parti, qui aurait milité pour le maintien de représentants patriotes au sein du gouvernement.

Le refus catégorique d’Ousmane Sonko d’intégrer ses proches dans l’exécutif a cristallisé les tensions. Selon des observateurs, cette décision aurait été prise pour éviter que ses ministres ne se retrouvent absorbés par l’influence présidentielle plutôt que par celle du parti. Un choix stratégique qui reflète les divergences croissantes entre les deux anciens alliés, notamment sur la question épineuse de la réforme constitutionnelle.

Cette bataille pour le contrôle des leviers politiques et administratifs s’intensifie dans un contexte de fractures internes au sein de la coalition. Alors que le président mise sur sa stratégie du « vivier » pour renforcer son ancrage, la question reste entière : cette méthode suffira-t-elle à consolider son pouvoir, ou au contraire, achèvera-t-elle par déstabiliser une alliance déjà fragilisée ?