«Il n’est pas acceptable que des auteurs de coup d’État soient élus démocratiquement»
Le 39e sommet de l’Union africaine (UA) a clos ses travaux sur une déclaration forte : mettre fin aux changements de pouvoir anticonstitutionnels et faire taire les armes. Mais dans les faits, cette intention peut-elle vraiment se traduire en actions concrètes ?
Lors de ce rendez-vous continental à Addis-Abeba, le chercheur camerounais Paul-Simon Handy, directeur régional de l’Institut d’études de sécurité (ISS) pour l’Afrique de l’Est, a partagé son analyse des enjeux. Invité de l’émission « Afrique Midi », il a souligné les contradictions persistantes dans la gestion des transitions politiques sur le continent.
Un engagement affiché, mais des résultats mitigés
La déclaration finale du sommet insiste sur la nécessité de ne plus tolérer les coups d’État et de restaurer l’ordre constitutionnel. Pourtant, les cas récents au Sahel et ailleurs montrent que les anciens putschistes accèdent parfois au pouvoir par les urnes, légitimant ainsi leurs actions illégales. Une situation que le chercheur qualifie d’inacceptable.
Les défis de la légitimité électorale post-coup
Paul-Simon Handy a rappelé que l’élection d’anciens auteurs de coups d’État pose un dilemme majeur pour l’UA. D’un côté, la charte de l’organisation condamne fermement les changements anticonstitutionnels. De l’autre, certains pays organisent des scrutins qui valident ces transitions, remettant en cause la cohérence des engagements pris.
- Risque de normalisation des coups d’État : Si ces élections sont reconnues, elles pourraient encourager de nouvelles prises de pouvoir par la force.
- Affaiblissement de la crédibilité de l’UA : L’organisation perd de son influence si ses principes ne sont pas appliqués de manière uniforme.
- Problèmes de stabilité régionale : Les pays touchés par ces transitions instables voient leur sécurité et leur développement compromis.
Vers une application stricte des principes ?
Pour Paul-Simon Handy, la solution passe par une application rigoureuse des sanctions contre les régimes issus de coups d’État, même s’ils organisent des élections. Il a également appelé à un dialogue renforcé avec les populations pour éviter que la frustration ne se transforme en nouvelles crises.
Le débat reste ouvert : l’UA parviendra-t-elle à concilier ses principes démocratiques avec la réalité politique africaine, où les transitions par les armes ne sont pas toujours suivies de retours à l’ordre constitutionnel ?