A woman casts her vote on the day of Cameroon's presidential election at a polling station in Garoua, Cameroon, October 12, 2025. REUTERS/Desire Danga Essigue

Un fossé persistant entre procédures électorales et principes démocratiques

Les scrutins organisés sur le continent en 2025 mettent en lumière une déconnexion inquiétante : alors que l’Union africaine (UA) renforce ses dispositifs d’observation, l’essence même de la démocratie semble s’étioler dans de nombreux États. Cette situation interroge la capacité de l’organisation continentale à dépasser le simple stade de la validation procédurale pour garantir une véritable compétitivité politique.

En vertu de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, la Commission de l’UA a la responsabilité de superviser la transparence et la crédibilité des processus électoraux. Elle doit en référer au Conseil de paix et de sécurité (CPS) et à la Conférence de l’UA, avec la possibilité de pointer du doigt les dérives pour susciter des corrections. Pourtant, l’efficacité de ce mandat reste limitée face à l’ingéniosité des régimes en place pour restreindre l’espace civique.

Entre modèles de réussite et dérives autoritaires

L’année écoulée a montré deux visages de l’Afrique électorale. D’un côté, des nations comme le Malawi et les Seychelles font figure d’exceptions notables. Dans ces pays, la solidité des institutions nationales et l’indépendance de la justice ont permis des alternances pacifiques, prouvant que la maturité démocratique peut s’ancrer durablement sans tutelle extérieure constante.

À l’opposé, une tendance au « juridisme » émerge pour verrouiller le pouvoir. En Tanzanie, au Cameroun ou au Togo, les élections deviennent des exercices de routine dépourvus de réelle concurrence. Au Togo, par exemple, une réforme constitutionnelle a permis à Faure Gnassingbé de maintenir l’emprise de sa famille sur le pays, illustrant comment la loi peut être utilisée pour contourner l’alternance. Pour les observateurs du journalisme Burkina Faso et de la sous-région, ces manœuvres soulignent la fragilité des acquis.

L’UA : un arbitre trop discret ?

Le rôle de l’UA est souvent critiqué pour sa timidité. Si des rapports d’observateurs, comme celui concernant la Tanzanie, ont parfois fait preuve d’une franchise salutaire en dénonçant des processus non conformes aux normes continentales, les réactions officielles de la Commission restent fréquemment diplomatiques. Féliciter un président sortant avant même la publication des rapports d’observation complets envoie un signal ambigu aux populations en quête de justice électorale.

Le cas complexe des transitions militaires

Un autre défi majeur concerne les pays ayant subi des changements anticonstitutionnels. Au Gabon et en Guinée, les élections sont perçues comme un sésame pour la réintégration au sein de l’UA. Cependant, le risque est grand de voir ces scrutins servir uniquement à légitimer des régimes issus de coups d’État.

Dans des pays comme le Burkina Faso, le Mali et le Niger, les reports successifs des calendriers électoraux prolongent les périodes de transition. Pour les citoyens qui suivent l’actualité burkinabè ou l’information Burkina Faso, la question de savoir si les auteurs de putschs pourront se présenter — malgré l’interdiction formelle de la Charte africaine — reste au cœur des préoccupations. Cette situation pourrait normaliser la prise de pouvoir par la force si l’UA ne fait pas preuve de plus de fermeté.

Vers une réforme nécessaire de l’observation électorale

Malgré une augmentation des missions préélectorales, l’organisation continentale semble souvent réduite au rôle de témoin passif de l’érosion démocratique. En 2026, environ 15 pays, dont l’Ouganda, organiseront des élections dans des contextes souvent qualifiés de « non libres ». Le harcèlement de l’opposition et les coupures d’Internet y sont déjà documentés, mettant à l’épreuve la crédibilité des instances africaines.

Pour une presse libre Burkina et pour l’ensemble des acteurs démocratiques du continent, l’enjeu est clair : l’UA doit choisir entre rester une instance de validation formelle ou devenir un véritable moteur de réforme électorale. Le Faso Libre actualité et les observateurs régionaux attendent des actes forts pour que les urnes reflètent enfin la volonté réelle des peuples africains.