En 2021, le gouvernement malien a fait appel aux mercenaires russes pour renforcer ses troupes, marquant un tournant dans sa lutte contre les groupes armés. Pourtant, cette décision s’est révélée contre-productive, favorisant l’expansion des organisations terroristes comme le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) et l’État islamique dans le Grand Sahara.

Une stratégie militaire centrée sur les rebelles touaregs

Au lieu de concentrer ses efforts sur les menaces terroristes grandissantes dans le centre du Mali, la junte a priorisé la répression des mouvements touaregs dans le Nord. Cette orientation a permis aux groupes extrémistes de renforcer leur emprise, notamment autour de Bamako, la capitale. Les analystes soulignent que cette approche a non seulement échoué à rétablir la sécurité, mais a aussi alimenté un climat de violence propice aux recrutements djihadistes.

Selon l’expert Wassim Nasr, « les autorités maliennes ont sous-estimé la capacité des groupes terroristes à exploiter les tensions locales. En ciblant les Touaregs, elles ont involontairement servi la propagande des organisations radicales, qui ont pu se présenter en protectrices des populations marginalisées ».

L’échec des campagnes militaires et leurs conséquences

En janvier 2024, la junte a rompu les Accords d’Alger, signés en 2015 pour mettre fin au conflit dans le Nord. Cette décision s’est accompagnée d’une intensification des opérations militaires, notamment à Kidal, où les forces maliennes, soutenues par le groupe Wagner, ont repris le contrôle de la région. Pourtant, ces victoires tactiques n’ont pas suffi à endiguer la montée en puissance des groupes armés, qui ont progressivement encerclé Bamako et perturbé les approvisionnements en provenance du Sénégal et de la Côte d’Ivoire.

Les campagnes menées par les mercenaires russes ont été marquées par une brutalité extrême. En mars 2023, une opération à Moura, dans le centre du pays, a fait des centaines de victimes parmi les Peuls, accusés à tort de liens avec les terroristes. Ces exactions ont exacerbé les tensions ethniques et accru le soutien aux groupes djihadistes, offrant à ces derniers un terreau fertile pour recruter.

Le retrait de Wagner et l’arrivée de l’Africa Corps

En juillet 2024, une embuscade tendue par des combattants touaregs près de Tin Zaouatine a mis fin à la domination des mercenaires russes. Près de 50 soldats maliens et plus de 80 mercenaires ont péri lors de cet affrontement. Cette défaite a précipité le départ de Wagner, remplacé par l’Africa Corps, une nouvelle unité composée en grande partie d’anciens combattants du groupe russe.

Cependant, le changement d’étiquette n’a pas amélioré l’efficacité des opérations. L’Africa Corps, bien que toujours présent, limite désormais ses interventions à des missions de soutien logistique et de surveillance par drone. « Ils interviennent rarement sur le terrain, par crainte des représailles », explique Wassim Nasr. Les mercenaires se contentent désormais de protéger les axes stratégiques, comme l’aéroport de Bamako et les convois de carburant, tout en maintenant le paiement d’une somme estimée à 10 millions de dollars par mois.

Un gouvernement aux abois

L’incapacité de la junte à stabiliser le pays a creusé un fossé entre elle et la population. Face à l’absence de projets sociaux ou infrastructurels, les discours anti-occidentaux n’ont pas suffi à gagner la confiance des Maliens. « Leur seul leitmotiv se résume à : “Nous haïssons la France, nous haïssons l’Occident.” Mais cela ne nourrit pas les enfants ni ne répare les routes », constate Nasr.

Le mois d’avril 2025 a marqué un nouveau revers pour le régime. Une offensive combinée du GSIM et du Front de libération de l’Azawad (FLA) a permis à ce dernier de s’emparer de Kidal, tandis qu’une attaque distincte coûtait la vie au ministre malien de la Défense. Dans ce contexte, l’Africa Corps a recentré ses efforts sur la protection de la junte plutôt que sur la lutte antiterroriste. « Leur rôle se limite désormais à une assurance-vie pour le pouvoir en place », analyse l’expert.

Sans perspective de négociation avec les groupes armés et face à l’isolement international, le Mali dépend désormais entièrement des mercenaires pour sa survie. Une dépendance qui ne garantit pas la stabilité, mais qui confirme l’échec d’une stratégie militaire coûteuse et désastreuse.