Mali : volker türk alerte sur la répression et le recul démocratique
Le Haut-Commissaire aux droits humains à l’ONU a vivement critiqué, ce jeudi, la dégradation de la situation politique au Mali, où les libertés fondamentales s’effritent au profit d’un régime de plus en plus autoritaire. Depuis 2020, une série de réformes imposées par la junte militaire a considérablement réduit les perspectives de retour à la démocratie dans le pays.
une transition démocratique en péril
Volker Türk, Haut-Commissaire aux droits humains, a souligné dans un communiqué l’urgence de rétablir les droits fondamentaux des Maliens. Selon lui, les mesures adoptées par la junte dirigée par le général Assimi Goïta ont « verrouillé » toute possibilité d’élection démocratique à court ou moyen terme. Ces réformes, qui renforcent les pouvoirs du chef de l’État, marquent un recul significatif par rapport aux engagements initiaux de transition vers un régime civil.
Près de cinq ans après le coup d’État ayant renversé l’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta, les promesses de restauration de l’ordre constitutionnel sont restées lettre morte. Aucune élection présidentielle n’a eu lieu depuis celle de 2018, et les récents textes législatifs permettent désormais au général Goïta de prolonger indéfiniment son mandat « jusqu’à la stabilisation du pays ». En mai 2025, un décret présidentiel a même dissous l’ensemble des partis et organisations politiques, privant les citoyens de leur droit de participer activement à la vie publique.
une répression systématique des opposants
Cette dérive autoritaire s’accompagne d’une intensification des mesures répressives. Moussa Mara, ancien Premier ministre et figure de l’opposition, en a fait les frais : arrêté début août, il est accusé d’« atteinte à la crédibilité de l’État » pour avoir exprimé son soutien à des détenus politiques sur la plateforme X. Volker Türk dénonce une utilisation abusive de la loi pour museler toute dissidence, avec une hausse alarmante des arrestations arbitraires ciblant des Maliens de tous horizons.
violences djihadistes et exactions contre les civils
Parallèlement, le Mali reste sous la menace constante des groupes terroristes, notamment le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM, lié à Al-Qaïda) et l’État islamique en Afrique de l’Ouest (EIAO). Ces factions multiplient les attaques aux frontières du Burkina Faso, du Niger et du Mali, justifiant le déploiement de l’armée malienne et des mercenaires de l’Africa Corps, l’ex-groupe Wagner.
Cependant, ces opérations militaires s’accompagnent de graves violations des droits humains. Selon l’ONU, depuis avril 2025, des centaines de cas d’exécutions sommaires, d’arrestations arbitraires, de disparitions forcées et d’enlèvements ont été recensés, perpétrés par l’ensemble des acteurs du conflit. Dans un pays déjà fragilisé, cette combinaison entre suspension des élections et répression généralisée risque d’aggraver encore l’instabilité politique et sociale.
Face à ce constat accablant, Volker Türk appelle à une intervention urgente pour restaurer les libertés fondamentales et relancer le processus démocratique, condition indispensable à une paix durable au Mali.