Maroc et Espagne face à la crise migratoire de Ceuta : qui porte la responsabilité ?

Des centaines de migrants traversent quotidiennement vers l’enclave espagnole de Ceuta depuis les côtes marocaines. ©Jorge Guerrero / AFP

La crise migratoire qui a secoué l’enclave espagnole de Ceuta ces derniers jours trouve son origine dans une décision judiciaire controversée du système judiciaire espagnol, ont affirmé des sources marocaines de haut niveau. Selon elles, Rabat avait alerté Madrid dès la mi-juillet sur les risques que cette mesure pourrait engendrer.

Une décision de justice espagnole au cœur de la polémique

Près de 60 000 personnes, majoritairement des Marocains, ont franchi ou tenté de franchir la frontière entre Ceuta et la ville marocaine de Fnideq en quelques jours seulement. Un afflux massif qui a mis à rude épreuve les capacités d’accueil de l’enclave espagnole, avant que des milliers de migrants ne fassent demi-tour.

Un responsable marocain, s’exprimant sous le couvert de l’anonymat, a révélé que son gouvernement avait informé les autorités espagnoles des conséquences prévisibles d’un arrêt de la Cour suprême espagnole. Cette décision stipule que les renvois immédiats des migrants ne s’appliquent pas à ceux arrivant par voie maritime.

«Nous avons expliqué que cette décision allait créer des difficultés. Et elle en a créé», a-t-il déclaré, soulignant l’absence de défaillance du côté marocain.

Madrid accuse les trafiquants d’exploiter la situation

Le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a pointé du doigt les réseaux criminels organisant la migration irrégulière, accusant ces derniers d’avoir détourné la portée de la décision judiciaire pour inciter à l’exode.

Les échanges entre les deux pays sur ce sujet auraient débuté entre le 22 et 23 juillet, lorsque les rumeurs sur l’impact de l’arrêt ont commencé à circuler.

Le responsable marocain a rejeté toute idée d’un échec de la sécurité au Maroc, précisant que les forces de l’ordre ne pouvaient physiquement empêcher un tel afflux sans recourir à une violence disproportionnée.

Une responsabilité partagée dans la gestion des flux migratoires

«Dire que le Maroc aurait dû stopper ces personnes par la force revient à ignorer la réalité du terrain», a-t-il affirmé, ajoutant que ce phénomène ne pouvait être endigué par un seul pays.

Il a également rappelé que le Maroc assumait déjà un coût annuel de 500 millions d’euros pour la gestion des migrations, insistant sur la nécessité d’une coopération bilatérale renforcée.

«Ce n’est pas une charge exclusive pour le Maroc. La solution doit venir d’une coordination étroite entre les deux pays», a-t-il conclu, tout en laissant entendre que l’Espagne devait désormais assumer sa part de responsabilité face aux défis posés par cette décision judiciaire.