À l’aube d’un lundi paisible, les habitants d’Aourir, petit village côtier blotti au nord d’Agadir, dormaient encore sous un ciel encore voilé par les premières lueurs du jour. Pourtant, avant que le soleil ne perce l’horizon, une opération d’envergure se déroulait dans le plus grand secret. Des véhicules blindés et des unités d’élite de la Direction Générale de la Surveillance du Territoire (DGST) s’infiltraient silencieusement dans les ruelles étroites de la localité.
L’objectif était sans ambiguïté : neutraliser un individu radicalisé, fiché pour son allégeance à l’organisation Daech. Grâce à des renseignements d’une précision chirurgicale, les forces spéciales intervenaient promptement. L’assaut fut bref : le suspect, déjà en possession d’armes blanches et de matériel tactique, fut maîtrisé en quelques instants.
La perquisition menée par le Bureau Central d’Investigations Judiciaires (BCIJ), bras judiciaire de la DGST, révéla l’urgence de la situation. Les enquêteurs découvrirent des preuves accablantes : l’homme n’était plus au stade des intentions, mais bel et bien en phase de préparation active. Au réveil, les résidents d’Aourir réalisèrent avec stupeur qu’un terroriste évoluait parmi eux, avant de se rassurer en constatant que la menace avait été neutralisée à temps.
Un laboratoire de la terreur démasqué
À quelques kilomètres de là, dans la zone industrielle d’Inezgane, l’opération prenait une dimension encore plus critique. Dans un hangar discret situé dans le quartier Traast El Jorf, les enquêteurs tombaient sur un véritable laboratoire de la mort.
Au cœur de l’entrepôt, un véhicule tout-terrain attirait immédiatement l’attention. Les experts en explosifs constataient une modification clandestine de son réservoir, désormais alimenté au gaz butane. Ce dispositif artisanal avait un but précis : amplifier l’effet dévastateur d’un attentat-suicide ou d’une attaque à la voiture-bélier contre des infrastructures stratégiques du Royaume.
Face au risque imminent d’explosion, le BCIJ déclenchait un protocole d’urgence. Les riverains furent évacués en urgence, tandis qu’une unité de déminage de la Sûreté nationale intervenait, assistée de robots télécommandés et de capteurs high-tech pour examiner le véhicule sans mettre en danger les vies humaines.
L’inventaire des lieux glaça le sang : des bonbonnes de gaz, des cocottes-minute transformées en engins explosifs improvisés, des centaines de clous (shrapnels), des détonateurs, du matériel de soudure, ainsi que des produits chimiques dangereux. Une véritable usine à tuer venait d’être démantelée.
Un démantèlement synchronisé sur l’ensemble du territoire
Si le cœur de l’organisation terroriste battait dans la région du Souss, ses ramifications s’étendaient bien au-delà. Pour éviter que l’alerte ne soit donnée après l’interpellation d’Aourir, la DGST frappait simultanément dans sept villes du Maroc : Agadir, Taroudant, Casablanca, El Hajeb, Tétouan, Fquih Ben Salah et Safi.
Dix suspects furent arrêtés, dont un mineur de 17 ans, révélant une stratégie d’embrigadement des plus jeunes. Parmi les interpellés figurait également un ancien détenu condamné pour faits de terrorisme, soulignant le défi de la récidive et de la réinsertion.
Les perquisitions permirent de saisir un arsenal inquiétant : uniformes militaires, manuscrits détaillant l’assemblage d’engins explosifs artisanaux, ainsi que des supports numériques contenant deux vidéos accablantes. La première montrait l’allégeance formelle des membres à Daech, tandis que la seconde contenait des menaces explicites de sabotage à grande échelle sur le sol marocain.
Des liens avec le Sahel et une structure militaire
Les premières investigations révélèrent une connexion directe avec la branche sahélienne de Daech. Les ordres et le soutien logistique transitaient depuis le Sahel, avec une consigne claire : éviter tout départ vers les maquis subsahariens et rester sur le territoire marocain pour y perpétrer des attaques internes.
Le chef de la cellule avait mis en place une organisation militaire compartimentée. Une équipe dédiée à la reconnaissance identifiait et surveillait les cibles potentielles. Une autre, logistique, se chargeait de l’acquisition discrète des composants chimiques et du matériel nécessaire. Enfin, une équipe technique basée à Inezgane se concentrait sur la modification des véhicules et l’assemblage des explosifs.
Grâce à la réactivité et à la vigilance de la DGST et du BCJI, une véritable poudrière venait d’être désamorcée avant qu’elle n’explose. Les neuf suspects majeurs furent placés en garde à vue, tandis que le mineur était placé sous surveillance judiciaire, sous la supervision du parquet antiterroriste.
Alors que le calme était de retour à Aourir et Inezgane, les experts du BCJI se consacraient désormais au décryptage des appareils électroniques saisis : téléphones portables et disques durs. L’objectif ? Cartographier les réseaux de communication cryptés avec le Sahel et s’assurer qu’aucune autre menace ne subsiste dans l’ombre.