Le Niger sous le joug militaire : une année de répression des libertés fondamentales

Depuis le coup d’État qui a renversé le président élu Mohamed Bazoum le 26 juillet 2023, les autorités militaires du Niger ont systématiquement étouffé les voix dissidentes, muselé les médias et piétiné les droits humains. Trois organisations majeures de défense des droits, Amnesty International, Human Rights Watch et la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), tirent la sonnette d’alarme : le pays recule dangereusement sur le plan démocratique.

Des détentions arbitraires massives et un pouvoir judiciaire sous contrôle

L’ancien président Mohamed Bazoum, son épouse et plus de 30 responsables du gouvernement déchu — ministres, conseillers et proches collaborateurs — croupissent en détention sans procès équitable. Accusés de « haute trahison » et d’« atteinte à la sûreté de l’État », ils n’ont toujours pas été présentés devant un tribunal indépendant. La Cour de justice de la CEDEAO, basée à Abuja, a pourtant statué en décembre 2023 que leur détention était arbitraire et a appelé à leur libération immédiate.

Les autorités nigériennes ont également engagé des procédures pour lever l’immunité présidentielle de Mohamed Bazoum, une démarche jugée irrégulière par les observateurs. Le 14 juin 2024, la Cour d’État du Niger a finalement levé cette immunité, mais dans des conditions ne respectant pas les normes internationales de procès équitable.

Parmi les détenus figurent des civils traduits devant un tribunal militaire, une pratique condamnée par les conventions internationales. Quatre personnes ont été libérées sous caution en avril 2024, mais les autres restent incarcérées pour des chefs d’accusation flous, comme « complot contre la sûreté de l’État ».

Une presse muselée et des journalistes sous pression

La liberté de la presse, pilier de toute démocratie, est en chute libre au Niger. Depuis le coup d’État, les journalistes subissent intimidations, arrestations arbitraires et autocensure par crainte de représailles. Voici quelques cas emblématiques :

  • Samira Sabou, blogueuse et journaliste, arrêtée le 30 septembre 2023 par des hommes se revendiquant des forces de sécurité. Son lieu de détention est resté secret pendant une semaine avant qu’elle ne soit inculpée de « production et diffusion de données susceptibles de troubler l’ordre public ». Libérée sous contrôle judiciaire, elle attend toujours son procès.
  • Ousmane Toudou, ancien conseiller en communication de Mohamed Bazoum, arrêté le 13 avril 2024 pour avoir dénoncé le coup d’État sur les réseaux sociaux. Inculpé de « complot contre la sûreté de l’État », il est détenu en attente de jugement.
  • Soumana Maiga, directeur de publication du journal L’Enquêteur, arrêté le 24 avril 2024 après la publication d’un article évoquant une présence russe suspecte dans les bâtiments officiels. Libéré le 9 juillet 2024 sous contrôle judiciaire, il risque jusqu’à 10 ans de prison.
  • Tchima Illa Issoufou, correspondante de la BBC en haoussa, a fui le Niger après avoir reçu des menaces de partisans de la junte, l’accusant de « déstabilisation » pour sa couverture des attaques jihadistes dans la région de Tillabéri.

Le 29 janvier 2024, le ministre de l’Intérieur a suspendu les activités de la Maison de la Presse, une organisation indépendante, au profit d’un comité dirigé par un représentant du gouvernement. Cette décision a été suivie de multiples arrestations de journalistes, poussant beaucoup à l’auto-censure.

Une société civile étouffée et des défenseurs des droits humains marginalisés

Les organisations de défense des droits humains subissent une répression croissante :

  • Le 29 mai 2024, le ministre de la Justice a interdit toute visite des prisons aux ONG, en violation des conventions internationales ratifiées par le Niger.
  • Ali Tera, militant interviewé par Tchima Illa Issoufou, a été arrêté le 26 avril 2024 après son entretien.
  • La loi sur la cybercriminalité, durcie en juin 2024, rétablit les peines de prison pour des infractions liées à la liberté d’expression en ligne, revenant sur des avancées obtenues en 2022.

Ces mesures s’ajoutent à l’abrogation, en mars 2024, de tout contrôle sur les dépenses militaires. Une ordonnance du président Abdourahamane Tiani exemptent les forces de sécurité de toute transparence budgétaire, sapant les efforts de lutte contre la corruption et favorisant l’opacité.

Un appel urgent à la communauté internationale

Les organisations signataires — Amnesty International, Human Rights Watch et la FIDH — exigent :

  • La libération immédiate de tous les détenus politiques, dont Mohamed Bazoum et les membres de son gouvernement.
  • Le respect des libertés fondamentales : liberté d’expression, d’opinion et d’association.
  • La réouverture des espaces démocratiques, notamment pour la presse et la société civile.
  • La transparence des dépenses militaires et la fin de l’impunité pour les abus commis par les forces de sécurité.

« Les autorités nigériennes doivent cesser leur politique de répression et rétablir l’État de droit. La communauté internationale ne peut rester silencieuse face à cette dégradation alarmante des droits humains. »Samira Daoud, directrice régionale d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et centrale.

Le Niger, signataire de la Charte africaine des droits de l’homme et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, est aujourd’hui à la croisée des chemins. Son avenir dépendra de sa capacité à revenir aux principes démocratiques et à respecter les engagements internationaux qu’il a souscrits.