Le Niger vient de modifier en profondeur son cadre juridique en matière de mœurs. Jusqu’ici marqué par une absence de texte clair, le pays a officialisé la répression des relations homosexuelles et des actions militantes en faveur des droits LGBTQIA+. Adopté discrètement en février dernier par les autorités militaires, le nouveau code pénal instaure des peines d’emprisonnement d’une sévérité inédite et des amendes records.

Ce que prévoit la nouvelle législation

Le texte, dont les détails ont été publiés au Journal officiel, ne se limite pas à interdire les relations entre personnes de même sexe : il étend largement le champ des infractions.

  • Peines de base : toute personne commettant ou tentant de commettre un « acte impudique ou contre nature » ou des pratiques LGBTQIA+ encourt de 5 à 10 ans de prison.
  • Circonstances aggravantes : les peines peuvent être doublées, allant jusqu’à 20 ans de réclusion selon la nature des infractions.
  • Amendes dissuasives : des sanctions financières pouvant atteindre 500 millions de francs CFA (environ 750 000 euros) sont prévues, sans possibilité de sursis ni de circonstances atténuantes.
  • Ciblage du militantisme : la loi punit des mêmes peines quiconque « gère, dirige, fait fonctionner, finance ou participe à des clubs, sociétés, organisations ou associations homosexuelles ou LGBTQIA+ ». Les organisateurs ou témoins de mariages entre personnes de même sexe sont également passibles de ces sanctions.

Les justifications des autorités : souveraineté et valeurs culturelles

Pour le régime du général Abdourahamane Tiani, cette réforme est présentée comme nécessaire à la cohésion nationale. Le ministre de la Justice, Alio Daouda, a défendu cette orientation : « Nous avons voulu adapter notre droit aux valeurs sociales et culturelles du pays. » Cette rhétorique s’inscrit dans la ligne politique de la junte, axée sur le souverainisme et le rejet de ce qu’elle qualifie d’« ingérences occidentales » dans les mœurs locales. Ce durcissement n’est pas une surprise : dès 2024, le gouvernement avait retiré des modules d’éducation sexuelle des programmes scolaires et interdit des applications de sensibilisation à la santé reproductive, arguant qu’elles portaient atteinte aux valeurs d’un pays majoritairement musulman et conservateur.

Un alignement sur le durcissement régional

Le Niger n’est pas un cas isolé. Il rejoint une dynamique de répression institutionnelle de l’homosexualité en Afrique de l’Ouest, portée par des transitions politiques et des pressions religieuses :

  • Niger (février 2026) : passage d’un vide juridique à l’une des législations les plus sévères de la région, avec un maximum de 20 ans de prison et des amendes records.
  • Sénégal (mai 2026) : durcissement récent de la législation, doublant les peines pour actes « contre nature » jusqu’à 10 ans de prison.
  • Burkina Faso (2025) : criminalisation formelle de l’homosexualité, avec une peine maximale de 5 ans de prison.
  • Ghana (2024-2026) : après un long processus législatif, le cadre légal punit ces pratiques et leur promotion de 3 à 5 ans de prison.

Les vives inquiétudes des défenseurs des droits humains

L’application de ce code pénal suscite l’alarme parmi les organisations de défense des droits humains locales et internationales. Elles soulignent que cette législation expose une minorité déjà stigmatisée à des risques accrus de violences, de dénonciations calomnieuses et d’extorsions. Les acteurs humanitaires craignent que ces dispositions ne compliquent l’accès aux soins de santé essentiels, notamment la prévention du VIH, en poussant les populations vulnérables vers une clandestinité totale. Avec plus de 30 pays sur 54 criminalisant désormais les relations homosexuelles sur le continent africain, le Niger s’aligne sur les régimes juridiques les plus répressifs de la sous-région.