Un redécoupage administratif inédit pour renforcer la sécurité

Depuis son accession au pouvoir en juillet 2023, le général Abdourahamane Tiani mène une lutte sans relâche contre les groupes djihadistes qui menacent la stabilité du Niger. Pour intensifier cette action, son gouvernement a dévoilé un ambitieux projet de réorganisation territoriale : le nombre de régions passerait de 8 à 19, tandis que celui des départements serait porté de 63 à 82. Présenté aux conseillers du Conseil consultatif de la Refondation (CCR) par Abdoulkader Hama, directeur général de l’Administration territoriale, ce plan s’inscrit dans la stratégie globale de refondation portée par Tiani et son ministre de l’Intérieur, le général Mohamed Toumba.

Une logique de proximité et de sécurité au cœur du projet

Le texte repose sur une fragmentation des grandes régions actuelles : Maradi, Zinder et Tahoua seraient chacune divisées en trois nouvelles entités, tandis que Tillabéri, Agadez et Diffa seraient scindées en deux. La capitale, Niamey, serait également concernée par ce remaniement, avec la création de deux départements supplémentaires. Parallèlement, le nombre de communes serait porté à 255. L’objectif ? Rapprocher l’administration des populations et renforcer la présence de l’État dans les zones où les services publics restent insuffisants.

Le général Toumba avait déjà esquissé les contours de cette réforme lors d’une intervention télévisée le 21 avril, soulignant son rôle dans l’endiguement de la menace djihadiste. Un maillage administratif élargi permettrait, selon lui, d’accompagner le déploiement des forces de défense et de sécurité dans les zones les plus exposées, notamment la bande des trois frontières, où l’État islamique au Sahel opère en toute impunité, ainsi que le bassin du Lac Tchad, régulièrement ciblé par les incursions de Boko Haram et de l’ISWAP.

Des critiques émergent face aux contours de la réforme

Si le projet séduit par son ambition, il suscite également des réserves dans plusieurs zones du pays. Dans l’Est, la création d’une région nommée Komadougou, avec Diffa pour chef-lieu, est mal perçue par les habitants de Nguigmi. Ceux-ci dénoncent non seulement l’absence de reconnaissance de leur département en tant que région autonome, mais aussi une appellation jugée inadaptée à la réalité géographique du Lac Tchad. À l’Ouest, des voix s’élèvent également pour souligner que certaines populations se retrouveraient éloignées de leur chef-lieu régional, à l’encontre de l’objectif affiché de proximité.

Le coût financier de cette réforme reste pour l’heure inconnu. Aucune estimation n’a été communiquée concernant les dépenses liées à la création de nouvelles structures administratives, aux infrastructures nécessaires ou aux nominations de personnel. Le projet, encore en phase de discussion, devra être peaufiné après les consultations menées par le CCR avant d’être soumis à l’approbation finale des autorités de transition.