Renforcement des liens franco-marocains : une coopération stratégique en marche

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu (à gauche) et son homologue marocain Aziz Akhannouch lors de l’accueil à Rabat.

Lors d’une visite officielle à Rabat, le Premier ministre français Sébastien Lecornu a confirmé la volonté des deux pays de franchir une nouvelle étape dans leur partenariat. Objectif affiché : élever la relation bilatérale à un niveau inédit, dans la continuité des orientations tracées par Emmanuel Macron et le roi Mohammed VI. Une visite royale à Paris est même évoquée pour concrétiser cette dynamique.

Les relations entre Paris et Rabat connaissent un réchauffement spectaculaire depuis que la France a acté, en 2024, son soutien à la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Une position qui a profondément irrité Alger et relancé le dialogue franco-marocain après trois années de tensions marquées par des soupçons d’espionnage et des restrictions sur les visas.

L’année suivante, Emmanuel Macron était accueilli en grande pompe à Rabat, marquant la fin d’une période de méfiance. Cette rencontre avait abouti à la signature d’un partenariat renforcé d’exception, accompagné de multiples contrats économiques. Jeudi, dans un contexte médiatique chargé, Sébastien Lecornu a réitéré l’ambition d’approfondir cette collaboration.

Sébastien Lecornu et Mustapha Baitas honorent les anciens souverains marocains lors d’une cérémonie officielle.

Un contexte marqué par les révélations sur Pegasus

Jeudi même, un consortium international publiait de nouvelles investigations sur l’utilisation présumée du logiciel espion Pegasus par le Maroc. En 2021, des accusations similaires avaient visé le royaume, impliquant des personnalités françaises dont d’éminents responsables actuels. Rabat avait toujours démenti avec fermeté ces allégations, qualifiées de « mensonges infondés ».

Interrogés sur ces nouvelles révélations, les services du Premier ministre français et le Quai d’Orsay sont restés silencieux. Pourtant, l’entourage présidentiel a réaffirmé l’objectif : « renforcer le cadre de coopération et de confiance avec le Maroc ».

Sécurité et diplomatie : des enjeux africains communs

Au cœur des discussions, la lutte contre le terrorisme au Sahel s’impose comme un terrain d’entente prioritaire. Sébastien Lecornu a souligné les intérêts convergents des deux nations dans cette région, proposant même que le Maroc serve de « port d’amarrage » pour les relations entre le royaume et l’Union européenne.

Une quinzaine d’accords sont attendus à l’issue de cette visite, couvrant des domaines variés : transports avec un projet de RER à Rabat, culture, défense et sécurité. Dans ce dernier secteur, des discussions sur des partenariats en matière d’armement sont notamment prévues. Aziz Akhannouch, Premier ministre marocain, a insisté sur la nécessité d’« accélérer la mise en œuvre des engagements pris » en 2024.

Les deux hommes d’État marocains et français lors de la cérémonie au Mausolée royal.

Cette visite marque un tournant : la France place désormais le Maroc au cœur de sa stratégie maghrébine, délaissant l’équilibre autrefois recherché avec Alger. Une approche pragmatique qui reflète la volonté de Paris de s’appuyer sur un partenaire fiable pour ses ambitions africaines.

Les deux délégations ont rouvert la 15e rencontre de haut niveau, un mécanisme de dialogue inactif depuis 2019. Sébastien Lecornu a qualifié ce moment de « charnière », annonçant une intensification des échanges sur les questions sécuritaires et économiques. Avec à la clé, un possible traité d’amitié exceptionnel, dont la signature reste à concrétiser.