Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a interpellé le gouvernement du Burkina Faso ce jeudi 5 février 2026. Il l’a exhorté à lever immédiatement toutes les restrictions imposées à l’espace civique et à renoncer à son projet d’interdiction totale des partis politiques.
« Cette orientation ne contribue en rien à la protection des droits humains de la population burkinabè », a souligné le représentant onusien dans une déclaration officielle. « Plutôt que d’interdire les formations politiques et de sanctionner des citoyens pour leurs opinions, les autorités du Burkina Faso doivent impérativement rouvrir l’espace à la société civile, y compris aux acteurs humanitaires. Elles doivent garantir la liberté d’association et d’expression, tout en levant les mesures d’exclusion à l’encontre des partis politiques, conformément aux engagements internationaux pris par le pays », a-t-il précisé.
Interdiction des partis politiques : une mesure controversée
Le 29 janvier 2026, le gouvernement burkinabè a annoncé son intention de dissoudre l’ensemble des partis politiques et de supprimer leur cadre légal. Depuis septembre 2022, toutes leurs activités sont déjà suspendues, rappelle le Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU (HCDH).
En 2025, plusieurs organisations nationales et internationales ont subi des restrictions similaires, souvent sans justification claire. Les prétextes invoqués, comme la collecte non autorisée de données ou des atteintes à l’ordre public et à la sécurité, restent flous. En juillet 2025, une loi restrictive sur la liberté d’association a été adoptée, suivie en novembre de la même année par un décret imposant aux ONG et associations d’utiliser exclusivement les services bancaires d’un établissement public.
Ces mesures cumulatives ont considérablement réduit l’action de la société civile dans le pays, en violation du droit international. Elles s’appliquent sans accompagnement ni mesures correctives, entravant ainsi les missions humanitaires et l’accès aux populations vulnérables.
Arrestations arbitraires et disparitions forcées persistent
Malgré la libération de plusieurs détenus en 2025, le HCDH continue de recevoir des signalements concernant des disparitions forcées et des arrestations arbitraires. Journalistes, magistrats, responsables politiques et membres d’ONG figurent parmi les victimes de ces pratiques.
Feuille de route conjointe : un engagement à concrétiser
En décembre 2025, une feuille de route a été signée entre le HCDH et les autorités burkinabè. Elle prévoit notamment la fin de l’impunité, le respect des droits fondamentaux dans les opérations sécuritaires, l’assistance aux victimes, le renforcement des mécanismes de protection et la prévention de la torture.
« Ces promesses doivent se traduire sans délai en actions tangibles », a insisté Volker Türk. « Le gouvernement doit abroger les textes liberticides, faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire sans entrave et libérer sans condition tous les détenus arbitrairement. Les responsables de violations des droits humains doivent être tenus responsables de leurs actes ».
Pour conclure, le Haut-Commissaire a rappelé que « l’espace civique et démocratique, la diversité des voix politiques et un État de droit solide sont indispensables à une paix durable, à la sécurité et à la cohésion sociale au Burkina Faso ».