La spirale négative ne semble plus finir pour la Squadra Azzurra. Pour la troisième fois consécutive, après les éditions de 2018 et 2022, l’Italie ne participera pas au grand rendez-vous planétaire. La sentence est tombée ce mardi 31 mars : la sélection a été sortie par la Bosnie-Herzégovine lors d’une séance de tirs au but fatidique en finale des barrages de la zone Europe.
Face à ce nouvel échec retentissant pour une nation quadruple championne du monde, l’heure est au bilan. Pour Johann Crochet, spécialiste du football transalpin, ce fiasco n’est pas le fruit du hasard mais la conséquence d’une stagnation chronique. Selon lui, le système italien n’a pas su tirer les leçons de ses précédentes déconvenues.
Un immobilisme institutionnel pointé du doigt
Interrogé sur son état d’esprit avant la rencontre décisive, l’expert ne cache pas qu’il craignait le pire. Le constat est amer : malgré l’ampleur de la crise, les structures dirigeantes — de la fédération au ministère des Sports — restent figées. « Il est difficile d’espérer un changement quand rien n’a bougé depuis une décennie », déplore-t-il.
Cette situation crée un fossé générationnel sans précédent. Aujourd’hui, des adolescents italiens n’ont jamais vu leur équipe nationale disputer un match de phase finale de Coupe du monde. Le journal La Repubblica résume d’ailleurs la situation en affirmant qu’il ne s’agit pas seulement d’un projet raté, mais d’une absence totale de vision à long terme.
Le manque de courage face à la modernité
Alors que des nations comme l’Allemagne ou l’Espagne ont su se réinventer après des périodes de creux, l’Italie semble prisonnière d’un certain conservatisme tactique et structurel. Johann Crochet souligne que le pays semble découvrir avec étonnement les méthodes de travail de nations plus modestes, comme la Norvège, au lieu de s’en inspirer.
« En Italie, on ne regarde pas ce qui se fait ailleurs », explique-t-il. Pour sortir de cette impasse, il faudrait embrasser la modernité et accepter de réformer en profondeur la collaboration entre la ligue et la fédération.
Le paradoxe de la formation italienne
Si l’époque des Ballons d’or comme Roberto Baggio ou Francesco Totti semble lointaine, le problème ne se situerait pas uniquement dans la détection des talents. La preuve ? Les plus grands clubs européens, tels que le Bayern Munich ou le FC Barcelone, continuent de recruter de jeunes pépites dans les centres de formation italiens (Pescara, Atalanta, Sassuolo).
Le véritable blocage se situe au niveau de la transition vers le monde professionnel. À l’image des difficultés rencontrées par la jeunesse italienne pour s’insérer sur le marché du travail, les jeunes footballeurs ne trouvent pas de passerelle vers l’équipe première. Les clubs privilégient systématiquement l’expérience au détriment de l’audace.
L’exil des cerveaux tactiques
Ce manque de confiance touche également les entraîneurs. Des techniciens talentueux préfèrent s’expatrier pour exercer leur métier. C’est le cas de Roberto De Zerbi ou de Francesco Faioli, qui brillent à l’étranger (Marseille, Ajax, Porto) faute de s’être vu confier des responsabilités majeures en Italie. « Le vivier existe, mais les dirigeants n’ont aucune envie de faire bouger les lignes », martèle Johann Crochet.
Un changement de modèle sportif
Signe des temps, le football n’est plus le modèle absolu de réussite pour la jeunesse italienne. Désormais, les regards se tournent vers d’autres disciplines. La presse sportive incite maintenant les footballeurs à prendre exemple sur des champions comme le tennisman Jannik Sinner ou le pilote Kimi Antonelli.
Enfin, le coût croissant de la pratique du football en club finit de fragiliser son statut de sport populaire. Dans certaines régions, il devient plus onéreux d’inscrire son enfant au foot qu’au tennis, autrefois jugé élitiste. Cette analyse, qui s’inscrit dans une démarche de journalisme Burkina Faso de qualité, montre que les crises sportives sont souvent le reflet de blocages sociétaux profonds. Pour suivre toute l’actualité burkinabè et internationale, restez connectés à Faso Libre actualité.