Pouvoir au Cameroun : le séjour de Paul Biya en Europe relance les débats
Dans son éditorial diffusé sur les ondes de la Radio Tiémeni Siantou, le journaliste Éric Boniface Tchouakeu interroge la légitimité d’un pouvoir maintenu à distance.
Un départ présenté comme temporaire, mais un séjour qui s’éternise
Le président Paul Biya a quitté le Cameroun le 7 juin 2026, officiellement pour un « court séjour privé » en Europe, selon le communiqué de son Directeur de Cabinet, Samuel Mvondo Ayolo. Pourtant, plus de six semaines après son départ, aucune date de retour n’a été annoncée.
Les spéculations sur l’état de santé du chef de l’État, âgé de 93 ans, se multiplient malgré les démentis répétés des autorités. Certains observateurs n’hésitent plus à évoquer une possible vacance du pouvoir au Cameroun, une hypothèse qui mérite un examen attentif au regard de la Constitution.
Ce que dit la loi sur la vacance du pouvoir
Contrairement à une idée reçue, la vacance du pouvoir au Cameroun ne peut être déterminée par la durée d’absence du président hors du territoire national. La Constitution camerounaise ne fixe en effet aucune limite temporelle à un séjour à l’étranger.
La loi fondamentale n’envisage que trois cas précis de vacance du pouvoir : le décès, la démission ou l’empêchement définitif du président en exercice. Or, aucun texte ne précise ce qu’il faut entendre par « empêchement définitif », laissant ainsi une marge d’interprétation.
En l’absence de ces conditions, la question de la vacance du pouvoir, fondée uniquement sur un séjour prolongé à l’étranger, ne trouve donc aucun fondement juridique.
Un pouvoir exercé à distance : légal, mais moralement discutable
La Constitution camerounaise n’impose pas au président de résider en permanence sur le sol national. Il pourrait, en théorie, diriger le pays depuis l’étranger pendant toute la durée de son mandat sans enfreindre la loi.
Cependant, cette interprétation soulève des questions éthiques et politiques. La lenteur dans la formation du gouvernement après l’élection présidentielle d’octobre 2025, ainsi que l’absence de nomination d’un Vice-président malgré la réforme institutionnelle récente, alimentent les interrogations sur la gouvernance actuelle.
Avec plus de 43 ans de pouvoir ininterrompu, Paul Biya n’a jamais signé de décret majeur depuis l’étranger, un détail qui renforce les doutes sur la capacité réelle de l’État à fonctionner normalement.