En République démocratique du Congo, la polémique autour de la modification de la Constitution s’invite désormais devant les tribunaux. Lors d’une rencontre organisée le 4 juin 2026 à Kinshasa, les leaders de la Coalition Article 64 (C64) ont dressé un bilan positif de leur opération ville morte lancée la veille. Selon leurs déclarations, cette mobilisation aurait été largement suivie dans plusieurs grandes villes du pays, contredisant ainsi la version officielle qui limitait l’adhésion à la seule capitale. Cet événement marquait une tentative de la part de l’opposition de démontrer sa capacité à influencer le calendrier politique imposé par le pouvoir en place.
L’opposition se structure contre le projet de révision constitutionnelle
La C64, qui s’articule autour de la préservation de l’article 64 de la Constitution congolaise — garantissant le droit des citoyens à s’opposer à toute prise de pouvoir anticonstitutionnelle — regroupe des figures politiques opposées à la réforme en cours. Parmi elles, l’opposant Delly Sesanga a salué la mobilisation dans des villes éloignées de Kinshasa, soulignant l’élargissement du front de contestation. La coalition s’impose désormais comme un acteur clé dans la résistance au projet présidentiel de révision constitutionnelle.
Ce débat n’est pas récent, mais il s’est intensifié à mesure que des membres de la majorité évoquaient la nécessité d’adapter le texte fondamental. Pour l’opposition, il s’agit d’une stratégie visant à contourner la limite des deux mandats présidentiels consécutifs, héritée de la transition post-Mobutu et perçue comme un rempart démocratique essentiel.
Une plainte contre le président Tshisekedi pour tenter de bloquer la réforme
L’annonce la plus marquante de cette conférence reste le dépôt imminent d’une plainte visant Félix Tshisekedi et ses alliés, qualifiée de tentative de renversement de l’ordre constitutionnel. Ce choix de qualification n’est pas anodin : il renvoie au registre pénal le plus sévère en matière d’atteintes aux institutions. En déplaçant le débat sur le terrain judiciaire, la C64 cherche à transformer une opposition politique en dossier juridique, susceptible de mobiliser magistrats, avocats et société civile.
Bien que personne n’envisage une issue rapide à une telle procédure contre le chef de l’État, cette initiative installe une narration précise dans le débat public : celle d’un pouvoir accusé de préparer un coup de force institutionnel. Pour Delly Sesanga et ses partisans, l’objectif est double : tracer une ligne rouge et contraindre la majorité à préciser ses intentions concernant la durée des mandats et l’étendue réelle de la révision envisagée.
Un contexte politique sous haute tension
La RDC traverse une période politique sensible. Aux défis sécuritaires dans l’Est, exacerbés par l’activité du groupe M23 et les pressions diplomatiques liées aux tensions avec le Rwanda, s’ajoute une fracture croissante entre Kinshasa et une opposition dispersée mais en quête de cohésion. La C64 mise sur cette unité apparente pour gagner en influence.
L’efficacité réelle de l’opération ville morte reste difficile à évaluer en l’absence de données indépendantes fiables. Les autorités minimisent son ampleur, tandis que les organisateurs revendiquent un succès dépassant largement les frontières de la capitale. La capacité de la coalition à maintenir la pression dans le temps et à rallier d’autres forces politiques, ainsi que des relais locaux, déterminera son poids dans le rapport de force avec le camp présidentiel.
Pour les observateurs africains, le cas congolais s’inscrit dans une dynamique continentale concernant la limitation des mandats, illustrée par des exemples récents comme le Sénégal. Chaque épisode contribue à façonner les standards de gouvernance attendus par les partenaires internationaux. La coalition a indiqué poursuivre sa mobilisation tout en recentrant son action sur le terrain judiciaire.