Un groupe armé bénéficiant de l’appui des forces armées congolaises (FARDC) a infligé des violences extrêmes à des civils dans le territoire de Rutshuru, à l’est de la République démocratique du Congo. Selon des témoignages recueillis, ces combattants ont tué, torturé, pillé et réduit des femmes en esclavage sexuel.
Le collectif des mouvements pour le changement-forces de défense du peuple (CMC-FDP) fait partie des Wazalendo, une coalition de groupes armés que l’armée congolaise utilise comme supplétifs dans sa lutte contre le M23. Ce groupe opère principalement dans le groupement de Bukombo, une zone actuellement sous contrôle du M23.
« Les civils de Bukombo sont pris en étau entre la brutalité du M23 et celle du CMC-FDP. Ce qu’ils subissent au quotidien est terrible, surtout dans les zones isolées où le CMC-FDP agit en toute impunité. »
Un responsable régional
Le CMC-FDP dispose de bases isolées à Bukombo et cible les civils, souvent de nuit ou dans des secteurs où le M23 est moins présent. Après des affrontements, ses combattants se vengent sur des personnes ayant des liens familiaux avec des membres du M23. Ces exactions, qui violent le droit international humanitaire, pourraient constituer des crimes de guerre.
Entre mars et avril 2026, des enquêteurs ont mené des entretiens à distance avec seize victimes, survivantes de viols et membres de familles de civils tués, violés, torturés, enlevés ou maltraités par des combattants du CMC-FDP entre juin et décembre 2025. Des défenseurs des droits humains ont également signalé des exécutions sommaires et des incendies d’habitations imputables à ce groupe.
Le 8 juin 2026, une lettre a été adressée au CMC-FDP pour l’informer des constatations. Le porte-parole, Héritier Donald Gashegu, a répondu par écrit le 16 juin 2026, niant toute responsabilité et affirmant que le groupe « demeure attaché au respect des droits humains et à la discipline de ses combattants ».
Viols et violences sexuelles contre les femmes
Une femme d’une vingtaine d’années a raconté que, après que son mari eut rejoint le M23 en mai 2025, des combattants du CMC-FDP l’ont enlevée chez elle et détenue pendant trois mois. « Ils m’ont donné le choix : soit je partais avec eux, soit ils me tuaient », a-t-elle dit. Elle a été détenue dans une maison sur leur camp, présentée à un commandant qui est devenu son « mari », et violée à plusieurs reprises. Elle a vu deux autres femmes détenues, mais les combattants l’ont menacée de mort si elle leur parlait. Elle s’est enfuie lors d’une attaque du M23.
Une autre femme de 22 ans a déclaré avoir été enlevée en juin 2025, après que son mari eut rejoint le M23. Emmenée sur la base de Mudugudu, elle a été forcée à devenir la « femme » d’un commandant. « Il a dit : “Si tu ne couches pas avec moi, je te tue.” » Elle a vu quatre autres femmes dans la même situation, ainsi que des civils détenus et maltraités. « Ils mettaient les gens dans des cellules souterraines. Ils les détenaient pour gagner de l’argent. » Ces actes s’apparentent à une prise d’otage.
Les deux victimes ont contracté des infections sexuellement transmissibles et ont été soignées dans des centres de santé, mais de nombreuses autres n’ont pas accès à des soins adéquats. L’esclavage sexuel et les violences sexuelles en période de conflit armé sont de graves violations du droit international humanitaire et des droits humains.
Le CMC-FDP a déclaré « rejeter catégoriquement » les allégations de viols et d’esclavage sexuel, affirmant qu’aucune plainte officielle n’a été déposée. Pourtant, les dirigeants du groupe auraient dû avoir connaissance de ces actes et pourraient être considérés comme complices.
Mauvais traitements et violences faites aux femmes
Le 20 novembre 2025, huit personnes, dont une femme enceinte et son mari, se sont réfugiées dans une bananeraie à Mashango lors d’échanges de tirs. Des combattants armés, identifiés comme membres du CMC-FDP, les ont retrouvées et leur ont demandé de l’huile de cuisson. Devant leur refus, ils ont pillé et brûlé les maisons. « L’un d’eux a eu pitié de moi parce que j’étais enceinte. » Les combattants ont emmené son mari et l’ont tué à la machette. Elle a ensuite accouché seule dans la forêt.
Une autre femme a raconté que des combattants du CMC-FDP étaient venus chez elle en juillet 2025, quatre mois après que son mari eut rejoint le M23. « Ils m’ont rouée de coups et blessée avec un couteau. Le lendemain, j’ai fait une fausse couche. » Le CMC-FDP a nié ces allégations de pillage et d’incendie.
Homicides par vengeance et exécutions sommaires
Neuf victimes ont indiqué que des combattants du CMC-FDP avaient tué leurs maris ou les avaient enlevées parce que leurs proches avaient rejoint le M23. Une femme de 35 ans a déclaré qu’un commandant et six combattants étaient venus chez elle à Kyahemba en novembre 2025. L’un d’eux a demandé : « As-tu laissé le M23 recruter ton enfant ? » Son fils de 15 ans était parti sans prévenir. Le commandant a tiré sur son mari à trois reprises devant leurs enfants de huit et six ans.
Une autre femme, Elisabeth*, a raconté que six combattants, dont quatre anciens voisins, sont venus chez elle en novembre 2025. « Ils lui ont tiré à trois reprises dans la poitrine et dans les parties génitales. Après l’avoir abattu, ils ont pillé la maison et sont partis avec quatre chèvres, des vêtements et des marmites. » Le CMC-FDP n’a pas précisé les mesures prises pour enquêter.
Extorsion et menaces
Avant l’arrivée du M23, le CMC-FDP prélevait un impôt appelé lala salama (« dormir paisiblement ») auprès des habitants, censé financer leur protection. Une victime a déclaré que son mari avait rejoint le M23 pour échapper à ces extorsions. Un habitant de Kyahemba, Innocent*, a raconté que des combattants l’avaient approché à trois reprises depuis que son fils avait rejoint le M23, exigeant de l’argent. Il leur a donné 300 dollars américains, mais ils continuaient à le frapper et ont brûlé trois maisons. « Ils ont dit qu’ils me tueraient si je ne leur donnais pas d’argent. »
Justine*, 20 ans, a déclaré que son mari avait fui en juillet ou août 2024. En septembre, des combattants du CMC-FDP sont venus chez elle, l’ont fouettée et attachée, exigeant de savoir où se trouvait son mari. Ils l’ont emmenée vers un commandant, mais l’un d’eux a eu pitié de son bébé et l’a aidée à s’échapper. Elle pense que son mari a rejoint le M23 par peur des menaces de ce groupe.
Le CMC-FDP a nié toute pratique de rançon, mais les dirigeants auraient dû être au courant et auraient dû enquêter.
Appui de l’armée congolaise au CMC-FDP
En mai 2023, la RDC a adopté une loi créant la Réserve armée de la défense, intégrant certains groupes armés locaux, dont le CMC-FDP, comme forces supplétives contre le M23. Les FARDC leur fournissent un soutien financier, des armes et des munitions. En décembre 2025, le ministre des Finances a indiqué que l’État versait 4 millions de dollars par mois aux Wazalendo. Selon un document interne, le CMC-FDP a reçu plus de 100 000 cartouches et plus de 100 roquettes de 40 mm de la part des FARDC fin 2023 et début 2024.
En juillet 2024, l’Union européenne a sanctionné le commandant en chef du CMC-FDP, Dominique « Domi » Kamanzi Ndaruhutse, pour graves violations des droits humains. Cet homme a combattu dans différents groupes armés pendant plus de dix ans et a collaboré avec les FDLR, un groupe armé d’opposition comprenant d’anciens membres des Interahamwe responsables du génocide de 1994.
« Il est inacceptable que l’armée congolaise continue à soutenir les combattants du CMC-FDP en dépit des terribles atteintes aux droits humains qu’ils infligent aux civils. Le groupe se livre à des violences effrénées depuis des années. Il faut que les autorités congolaises mettent fin immédiatement à cette collaboration et à ce soutien, et qu’elles les amènent à rendre des comptes. »
Un responsable régional
* Des pseudonymes sont utilisés pour protéger l’identité des personnes interrogées.