Des réfugiés maliens près d’un point d’eau d’un camp de fortune à Doueinkara, près de la frontière entre la Mauritanie et le Mali, le 29 avril 2026.

À la frontière entre la Mauritanie et le Mali, des centaines de milliers de Maliens ont trouvé refuge depuis plus d’une décennie. Aujourd’hui, leur quotidien oscille entre l’espoir d’un retour au pays et la crainte d’un nouvel exode forcé.

« Si les mercenaires russes quittent le Mali, nous rentrerons chez nous », lance Mosso*, un éleveur touareg de 57 ans, les yeux perdus dans le lointain. Ce père de famille a fui la région de Mopti après que des hommes identifiés comme des paramilitaires russes ont enlevé des membres de son clan. Son frère a été tué sous ses yeux, devant son fils alors âgé de 14 ans, lors d’une opération militaire il y a un an. La junte malienne, soutenue par l’Africa Corps, porte selon lui la responsabilité de ces violences qui ont poussé des milliers de Maliens vers la Mauritanie.

Des crimes qui alimentent la colère contre la junte

Assis sous une tente de fortune près de Fassala, Mosso exprime sa rage contre Assimi Goïta, le chef de la junte au pouvoir depuis le putsch de 2020. « C’est lui qui a fait venir Wagner au Mali », affirme-t-il. Les exactions commises par ces supplétifs, autrefois connus sous le nom de Wagner, ont laissé des traces indélébiles dans la mémoire collective. Des organisations comme la FIDH ont d’ailleurs saisi la Cour africaine des droits de l’homme pour dénoncer ces violations.

Les images d’un convoi russe quittant Kidal, ville stratégique du Nord malien tombée aux mains des rebelles fin avril, ont ravivé l’espoir. Pourtant, la prudence reste de mise parmi les réfugiés. Environ 300 000 Maliens ont trouvé asile dans la région mauritanienne du Hodh Chargui depuis 2012, fuyant les violences chroniques.

Entre espoirs de paix et craintes de l’inconnu

Dans le camp de Mbera, à une cinquantaine de kilomètres de la frontière, Ahmed*, 35 ans, incarne cette quête de stabilité. Ce Touareg a quitté son foyer après avoir été pris pour cible par l’armée malienne et ses alliés russes, accusé à tort de collaboration. « Wagner a tout apporté ici », déclare-t-il, amer. Son souhait ? Voir la junte tomber et retrouver une vie normale. Mais les défis sont immenses : blocus imposés par les jihadistes, représailles, et une insécurité endémique.

Abdallah*, 77 ans, réfugié depuis des années, ne partage pas cet optimisme. « Je ne me réjouis pas de la prise de Kidal par le FLA », confie-t-il. Pour lui, l’alliance entre les indépendantistes du Front de libération de l’Azawad (FLA) et les jihadistes de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (Jnim) est une erreur. « Le Jnim, c’est du terrorisme. Leur idéologie ne correspond pas à la nôtre », explique-t-il, évoquant les valeurs de modération et de paix de sa communauté.

Vers un nouveau flux de réfugiés ?

Les récentes offensives au Mali inquiètent les humanitaires. Les combats entre les forces maliennes, les rebelles et les jihadistes pourraient provoquer un afflux massif de nouveaux déplacés. « La situation au Sahel est plus explosive que jamais », souligne un porte-parole du HCR en Mauritanie. Les ressources locales, déjà sous tension, pourraient ne pas suffire à absorber un nouveau flux de réfugiés.

Cheikhna Ould Abdallahi, maire de Fassala, confirme ces craintes. « Les pâturages, l’eau et les services de base sont mis à rude épreuve », explique-t-il. La Mauritanie, bien que stable comparée à ses voisins, voit ses infrastructures et son environnement social mis sous pression par la présence de plus de 300 000 Maliens.

Tilleli*, 22 ans, mère d’une fillette d’un an, incarne le désespoir de ceux qui aspirent à rentrer. Elle a fui son village de Mopti après que des militaires et des Russes l’ont pillé et incendié. « Je ne rentrerai que si Wagner quitte le Mali », déclare-t-elle. « La paix semble si lointaine », ajoute-t-elle, serrant son enfant contre elle.

Dans ce contexte incertain, une chose est sûre : la quête de sécurité et de dignité pour les Maliens déplacés reste un combat quotidien, entre l’espoir d’un retour et la peur d’un nouveau départ.