Le Sénégal accélère sa stratégie d’autonomie en matière de recherche halieutique et océanographique avec la réhabilitation prochaine du navire scientifique ITAF Dème. Ce projet s’inscrit dans une volonté affirmée de renforcer la souveraineté maritime du pays et de dynamiser son économie bleue. Ancien fleuron des campagnes d’évaluation des ressources marines, ce laboratoire flottant, géré par le Centre de Recherches Océanographiques Dakar-Thiaroye (CRODT) de l’Institut Sénégalais de Recherches Agricoles (ISRA), n’a plus pris la mer depuis novembre 2022.
Un outil essentiel au service de la gestion durable des océans
Le navire ITAF Dème incarne un pilier central pour le Sénégal dans plusieurs domaines clés. Ses missions couvrent l’évaluation des stocks halieutiques, le suivi des écosystèmes marins, la collecte de données océanographiques et environnementales, ainsi que la formation des équipes techniques et scientifiques. Ces activités sont indispensables pour une gestion durable des ressources marines et le développement de l’économie bleue.
Au-delà de son rôle scientifique, ce bâtiment représente un enjeu stratégique majeur. Il permet au Sénégal de disposer de ses propres données maritimes, réduisant ainsi sa dépendance vis-à-vis des expertises étrangères. Par ailleurs, il contribue à consolider la position du pays comme leader régional en recherche halieutique et océanographique en Afrique de l’Ouest.
Une visite ministérielle pour relancer les activités scientifiques
Le 14 mai 2026, le Secrétaire général du Ministère des Pêches et de l’Économie maritime, Dr Mamadou Abibou Diagne, s’est rendu au Port autonome de Dakar afin d’évaluer l’avancement des travaux de remise en service du navire ITAF Dème. Accompagné du Directeur général de l’ISRA, Dr Moustapha Guèye, du Secrétaire général de l’institution, Youssoupha Bâ, ainsi que du Directeur du CRODT, Dr Ismaïla Ndour, et de son équipe, cette visite officielle visait à dresser un bilan technique précis du bâtiment.
Lors de cette rencontre, le commandant du navire, Seydina Hamza Amar, a présenté un rapport technique détaillant l’état actuel du navire. Selon ses conclusions, malgré son immobilisation prolongée, le bâtiment conserve toutes les capacités nécessaires pour reprendre ses missions scientifiques en mer, sous réserve de travaux de réhabilitation adaptés.
L’État réaffirme son engagement pour la recherche maritime
Après avoir inspecté les équipements scientifiques et les installations du navire, Dr Mamadou Abibou Diagne a réitéré l’engagement ferme de l’État à renforcer les capacités nationales en matière de recherche océanographique. Cette démarche s’inscrit en parallèle du projet d’acquisition d’un nouveau navire de recherche actuellement en cours. L’objectif est clair : faire de l’ITAF Dème, une fois réhabilité, un acteur clé de la gestion durable des ressources halieutiques et du développement de l’économie bleue au Sénégal.
Le Secrétaire général a également rappelé l’importance stratégique du secteur de la pêche pour l’économie nationale, justifiant ainsi l’attention particulière accordée à ce projet par les plus hautes autorités du pays.
Les défis liés à l’immobilisation du navire ITAF Dème
Dr Ismaïla Ndour, Directeur du CRODT, a salué cette initiative ministérielle, la qualifiant de signal fort en faveur de la recherche halieutique et océanographique. Selon lui, la présence des autorités à bord du navire illustre une reconnaissance accrue du rôle central de la science dans les politiques publiques liées à la pêche et à l’économie maritime.
Il a également souligné les conséquences majeures de l’immobilisation du seul navire national dédié à la recherche halieutique. L’impossibilité de mener des campagnes d’évaluation des stocks perturbe notamment la détermination des surplus halieutiques, essentielle pour négocier des accords de pêche avantageux pour le pays. De plus, l’arrêt des missions scientifiques du navire dans la sous-région affecte sérieusement le leadership du Sénégal en matière d’océanographie et de pêche en Afrique de l’Ouest.
Dr Ndour a enfin exprimé son optimisme quant aux perspectives ouvertes par cette dynamique ministérielle. Les efforts engagés devraient permettre de surmonter progressivement les difficultés rencontrées, notamment en matière d’équipements scientifiques, de capacités opérationnelles et de suivi des ressources marines.