répression au Mali : l’ancien premier ministre moussa mara et les voix critiques en danger

Une décision judiciaire controversée frappe Moussa Mara, ancien Premier ministre du Mali et figure de l’opposition, condamné à deux ans de prison dont un an ferme pour des motifs jugés politiques. Amnesty International dénonce une « parodie de justice » et exige sa libération immédiate, ainsi que celle de tous les détenus pour leurs opinions. Cette affaire illustre la répression accrue des droits civils et politiques au Mali, un pays sous régime militaire depuis 2020.

« La condamnation de Moussa Mara montre le mépris des autorités maliennes envers leurs obligations internationales en matière de droits humains, notamment la Constitution malienne, la Charte africaine des droits de l’homme et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques », déclare Marceau Sivieude, directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale. « Au lieu d’étouffer les critiques, le gouvernement doit respecter la liberté d’expression et cesser toute persécution des opposants pacifiques. »

Les autorités maliennes doivent mettre fin aux détentions arbitraires, aux disparitions forcées et aux abus du système judiciaire pour museler les voix dissidentes.

Marceau Sivieude, directeur régional d’Amnesty International

Arrestations arbitraires et disparitions forcées : des cas emblématiques

Plusieurs journalistes et militants ont été ciblés dans le cadre d’une campagne de répression systématique contre les critiques du pouvoir.

  • El Béchir Thiam, journaliste et membre du parti Yéléma de Moussa Mara, a été enlevé en mai 2025 par des hommes masqués se présentant comme des agents des services de renseignement. Son enlèvement fait suite à ses critiques contre la prorogation du mandat de la transition militaire. Après quatre mois de détention secrète, il a été libéré en septembre 2025, mais son épouse a dû porter plainte pour faire reconnaître son enlèvement.
  • Clément Dembélé, activiste anti-corruption, a été arrêté en novembre 2023 alors qu’il s’apprêtait à dénoncer les coupures d’électricité récurrentes. Accusé à tort de menaces contre le chef de l’État, il a été libéré en avril 2025 par un juge, mais reste détenu arbitrairement malgré l’absence de charges valables.
  • L’expert indépendant de l’ONU sur le Mali a dénoncé à plusieurs reprises ces pratiques, appelant à la libération immédiate des deux militants.

Ces cas illustrent une stratégie de répression visant à réduire au silence toute opposition, y compris pacifique.

D’autres militants emprisonnés pour leurs idées

Depuis 2023, plusieurs personnalités ont été condamnées ou maintenues en détention pour avoir osé critiquer le pouvoir.

  • Rokiatou Doumbia, surnommée « Rose Vie Chère », a été arrêtée en mars 2023 pour avoir dénoncé la détérioration de la sécurité et la hausse des prix. Condamnée à un an de prison pour « incitation à la révolte », elle est toujours détenue arbitrairement malgré l’expiration de sa peine.
  • Mohamed Youssouf Bathily, animateur radio connu sous le nom de « Ras Bath », a été condamné à 18 mois de prison pour avoir qualifié de « meurtre » la mort en détention d’un ancien Premier ministre. Malgré l’annulation des charges initiales, il reste emprisonné et fait face à de nouvelles accusations.
  • Adama Diarra, alias « Ben le Cerveau », a été arrêté pour avoir réclamé un retour à un régime civil. Condamné à deux ans de prison pour « atteinte au crédit de l’État », il est toujours détenu malgré une demande de libération provisoire rejetée.
  • Issa Kaou N’Djim, ancien membre du Conseil national de transition, a été condamné à deux ans de prison pour avoir remis en cause une déclaration des autorités burkinabè sur une tentative de coup d’État.

Contexte politique tendu au Mali

Depuis le coup d’État de 2020 contre l’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta, le Mali est dirigé par une junte militaire. La transition, initialement prévue pour 18 mois, a été prolongée à plusieurs reprises, et en avril 2025, le gouvernement a annoncé la dissolution de tous les partis politiques ainsi qu’une nouvelle prolongation de cinq ans. Cette décision renforce les craintes d’un durcissement autoritaire et d’une restriction accrue des libertés fondamentales.

Face à cette situation, les organisations de défense des droits humains appellent à un changement radical de politique pour garantir le respect de l’état de droit et des libertés individuelles au Mali.