Depuis son intronisation à la tête du Bénin, Romuald Wadagni a choisi de marquer les esprits par une action diplomatique immédiate. Ce mardi 2 juin, le nouveau président béninois se rend simultanément à Niamey et Ouagadougou, marquant ainsi le coup d’envoi d’une tournée régionale visant à rétablir des relations apaisées avec les voisins sahéliens. Investi le 24 mai à Cotonou, il succède à Patrice Talon dans un contexte où les liens entre le Bénin et les juntes du Niger ainsi que du Burkina Faso étaient particulièrement tendus.
Une démarche diplomatique axée sur le dialogue et la réconciliation
Cette visite historique s’inscrit dans un paysage régional marqué par des fractures profondes. Depuis les changements de régime à Niamey et Ouagadougou, les relations entre ces capitales et Cotonou se sont fortement dégradées. Le prédécesseur de Wadagni avait adopté une position perçue comme alignée sur les positions de la Cédéao, une organisation désormais rejetée par les nouvelles autorités sahéliennes.
Romuald Wadagni, ancien ministre de l’Économie et des Finances reconnu pour son pragmatisme, mise sur une approche directe et concrète. En se rendant sur place dès la deuxième semaine de son mandat, il envoie un message clair : celui d’une volonté de tourner la page des malentendus et des contentieux. La fermeture de la frontière nigéro-béninoise et les désaccords persistants en matière de sécurité transfrontalière avaient jusqu’alors empoisonné les relations entre les trois pays.
L’enjeu économique du corridor Cotonou-Niamey
Au cœur des échanges entre les délégations figurent les questions économiques liées au corridor logistique reliant Cotonou à Niamey. Ce passage est vital pour le Niger, pays enclavé, mais aussi pour le Bénin, dont une part importante des recettes publiques dépend des activités portuaires et douanières. Depuis la suspension des échanges consécutive aux sanctions de la Cédéao et au retrait du Niger, du Mali et du Burkina Faso de l’organisation, le port de Cotonou a vu son trafic vers le Sahel diminuer au profit de ports concurrents comme Lomé ou Tema.
Pour le Bénin, la priorité est double : rétablir la fluidité des échanges et sécuriser les routes commerciales. Cela passe par la réouverture totale des frontières et la levée des taxes additionnelles imposées de part et d’autre. Les discussions devraient également aborder la lutte contre les groupes armés actifs dans la région, notamment autour du parc W et le long des frontières communes.
Naviguer entre Cédéao et AES : un équilibre délicat
Romuald Wadagni se trouve face à un défi de taille : maintenir le Bénin dans le giron de la Cédéao tout en ouvrant un dialogue constructif avec l’Alliance des États du Sahel (AES), créée en septembre 2023 par le Niger, le Burkina Faso et le Mali. Cette alliance symbolise leur rejet des orientations de l’organisation ouest-africaine, perçue comme une menace par les juntes au pouvoir.
Le président béninois doit donc manœuvrer avec prudence. Il ne peut ni cautionner les transitions militaires en cours, ni ignorer les réalités sécuritaires et économiques qui lient le Bénin à ses voisins sahéliens. Les défis sont nombreux, notamment la montée des attaques jihadistes dans le nord du pays, attribuées à des groupes affiliés à Al-Qaïda ou à l’État islamique, qui rendent indispensable une coopération renforcée avec les forces sahéliennes.
L’accueil réservé par le général Abdourahamane Tiani à Niamey et le capitaine Ibrahim Traoré à Ouagadougou sera déterminant. Les deux dirigeants ont jusqu’ici privilégié des partenariats avec des acteurs extérieurs comme la Russie, s’éloignant des cadres diplomatiques traditionnels de la région. Romuald Wadagni mise sur une approche alternative, espérant prouver qu’une voie béninoise, distincte des pressions de la Cédéao, peut aboutir à des résultats concrets pour les populations frontalières et les acteurs économiques.