Le Sahara occidental reste le dernier territoire africain à attendre sa décolonisation. L’ONU le classe toujours comme non autonome, et la région concentre un affrontement mêlant droit international, rivalités locales et enjeux énergétiques.

Le contraste est frappant : d’un côté, le terrain est militairement figé ; de l’autre, les chancelleries sont en pleine effervescence.

1. Une trêve militaire qui n’arrête pas les tractations

Depuis le cessez-le-feu de 1991 négocié sous l’égide de l’ONU entre Rabat et le Front Polisario, les lignes n’ont quasiment pas changé. Le Maroc contrôle de fait l’essentiel du territoire, tandis que le Polisario tient une bande désertique à l’est du « Berm », le mur de sable édifié par les forces marocaines.

Mais cette stagnation cache une intense agitation diplomatique. Le conflit s’est désormais intégré aux grandes équations mondiales : gestion des migrations, sécurité des approvisionnements et alliances stratégiques.

2. La résolution 2797, un tournant diplomatique

Le 31 octobre 2025, le Conseil de sécurité a adopté la résolution 2797, illustrant parfaitement cette nouvelle donne :

Un vote partagé : La Chine, la Russie et le Pakistan se sont abstenus, tandis que l’Algérie, soutien historique du Polisario, a boudé le scrutin pour marquer son opposition.

Un avantage pour Rabat : Le texte proroge le mandat de la MINURSO jusqu’en octobre 2026 et insiste sur le fait que les discussions doivent partir du plan d’autonomie marocain.

Une ambiguïté calculée : Sans valider officiellement la souveraineté marocaine ni écarter le référendum d’autodétermination, l’ONU impose le projet marocain comme base unique, ce qui marginalise peu à peu les autres scénarios.

À Rabat, cette résolution a été saluée comme une victoire diplomatique majeure, renforçant la conviction que le vent tourne en faveur du Maroc.

3. Les origines profondes de l’enlisement

Pour saisir la situation, il faut revenir sur les grandes étapes de ce territoire jadis colonisé par l’Espagne (1884) :

Avis de la CIJ (1975)

Saisie par le Maroc, la Cour internationale de Justice estime que des liens d’allégeance historiques existent entre certaines tribus sahraouies et le sultan marocain, mais qu’ils ne constituent pas une souveraineté territoriale et n’effacent pas le droit à l’autodétermination.

La Marche Verte et les accords de Madrid (novembre 1975)

Le Maroc lance la Marche Verte : des centaines de milliers de civils franchissent la frontière. Peu après, l’Espagne signe les accords de Madrid, abandonnant ses responsabilités et partageant provisoirement le contrôle avec Rabat et Nouakchott (sans validation onusienne).

Retrait mauritanien et durcissement (1979-1989)

Minée par des crises économiques et politiques, la Mauritanie renonce à ses prétentions en 1979. Le Maroc récupère la zone. Face aux attaques du Polisario (qui a proclamé la RASD), il construit le « Berm », verrouillant le front.

Création de la MINURSO (1991)

Le cessez-le-feu onusien entre en vigueur et la MINURSO est déployée pour superviser la paix et organiser un référendum. Ce référendum n’aura jamais lieu, bloqué par des désaccords sur la composition du corps électoral.

Conclusion : le réalisme l’emporte

Ce constat montre que le statu quo ne tient plus au droit, mais à un contexte international qui privilégie la stabilité, la prévisibilité et le maintien des alliances.

Le Sahara occidental reste ainsi suspendu dans un équilibre délicat : une solution est théoriquement possible, mais politiquement trop risquée pour être mise en œuvre par la communauté internationale.