La situation sécuritaire et politique se tend davantage dans la bande sahélo-saharienne. Entre un pouvoir burkinabè qui renforce son contrôle sur ses propres responsables et une rébellion nigérienne qui promet une nouvelle offensive contre Niamey, les deux principales juntes de l’Alliance des États du Sahel (AES) semblent confrontées à une pression croissante. Ces événements, bien que distincts, traduisent une même réalité : les régimes militaires doivent désormais gérer autant les menaces extérieures que les fragilités internes. Burkina Faso : un pouvoir qui verrouille son propre appareil d’État À Ouagadougou, l’heure est à la méfiance généralisée. Selon plusieurs sources concordantes, le gouvernement militaire a pris une décision radicale : la confiscation des passeports des membres du gouvernement. Cette restriction d’une sévérité inédite ne concerne pas uniquement les ministres. Elle s’étend également à plusieurs officiers supérieurs de l’armée, signe que la surveillance s’exerce désormais jusque dans les plus hauts cercles du pouvoir. En empêchant certains responsables de quitter librement le territoire, le régime semble vouloir limiter tout risque de départ précipité, de fuite d’informations sensibles ou de rapprochement avec des acteurs étrangers. Une telle mesure est rarement anodine dans un contexte politique. Elle traduit généralement la volonté d’exercer un contrôle renforcé sur les élites dirigeantes lorsque le climat de confiance se dégrade. Cette décision intervient alors que le Burkina Faso fait face à une insécurité persistante sur une large partie de son territoire. Malgré la multiplication des opérations militaires et le recours massif aux Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP), les attaques jihadistes continuent de toucher aussi bien les forces de sécurité que les populations civiles. Cette pression sécuritaire permanente accentue les tensions au sommet de l’État et renforce la volonté des autorités de verrouiller tous les centres de décision. Pour plusieurs observateurs, ces restrictions illustrent également la difficulté des régimes militaires à maintenir une cohésion durable au sein de leurs propres structures. Plus un pouvoir concentre les décisions entre quelques mains, plus la crainte de divisions internes, de rivalités ou de défections devient un enjeu stratégique. Niger : le FPL annonce une nouvelle offensive contre la junte de Tiani Au Niger, la contestation prend une dimension encore plus militaire. À peine un mois après sa libération, intervenue le 22 juin 2026, Mohamed Salah, secrétaire général du Front Patriotique pour la Libération (FPL), est réapparu avec un discours particulièrement offensif. Pour rappel, le chef rebelle avait été libéré par les forces du maréchal Khalifa Haftar en Libye dans le cadre d’un échange d’otages particulièrement sensible. En contrepartie, les autorités nigériennes avaient remis en liberté Barkadine Mahamat Rifi, dirigeant de la katiba libyenne « Ahrar Fazzan », recherché par les forces de Haftar. Fort de cette remise en liberté, Mohamed Salah affirme désormais préparer une « grande opération » destinée à renverser la junte dirigée par le général Abdourahamane Tiani. Depuis le coup d’État ayant renversé le président Mohamed Bazoum, le FPL se présente comme un mouvement de résistance dont l’objectif est le rétablissement de l’ordre constitutionnel. Il continue d’exiger la libération de Mohamed Bazoum, qu’il considère comme le seul président légitime du Niger, élu au suffrage universel. Les déclarations du FPL témoignent d’une évolution importante de la crise nigérienne. Alors que les autorités concentrent une grande partie de leurs efforts sur la lutte contre les groupes jihadistes, elles doivent désormais composer avec la perspective d’une opposition armée revendiquant explicitement un changement de régime. Cette multiplication des foyers de tension risque de disperser davantage les capacités sécuritaires du pays. Deux juntes confrontées à des défis multiples Ces développements montrent que les défis auxquels font face les régimes militaires du Burkina Faso et du Niger dépassent désormais la seule lutte contre le terrorisme. Au Burkina Faso, les autorités semblent préoccupées par la stabilité de leur propre appareil d’État, au point d’imposer des restrictions inédites à leurs responsables politiques et militaires. Au Niger, la menace provient davantage d’une contestation organisée qui affiche désormais l’ambition assumée de renverser la junte. Cette combinaison de pressions internes, de défis sécuritaires et d’oppositions politiques ou armées met en évidence la fragilité persistante de gouvernances installées à la faveur de coups d’État. Malgré un discours centré sur la restauration de la souveraineté et de la sécurité, les deux régimes restent confrontés à des défis majeurs qui interrogent leur capacité à stabiliser durablement leurs pays. À mesure que les tensions s’accumulent, la situation dans le Sahel apparaît de plus en plus complexe. Les autorités militaires doivent désormais gérer simultanément les attaques des groupes armés, les critiques politiques, les difficultés économiques, les attentes des populations et les risques de contestation au sein même de leurs appareils de pouvoir. Cette accumulation de crises pourrait peser lourdement sur la stabilité de la région dans les mois à venir.