Le gouvernement sénégalais a dévoilé une circulaire dédiée au contrôle des entités publiques sous tutelle, signée par le Premier ministre Ousmane Sonko. Ce texte s’adresse à tous les membres du gouvernement et vise à encadrer strictement les relations entre les ministères et les organismes qui leur sont rattachés : agences, sociétés nationales, établissements publics et autres structures assimilées. Cette initiative s’inscrit dans la lignée des réformes budgétaires et de gouvernance mises en place après l’alternance politique de 2024.

Renforcement des obligations de supervision administrative

La circulaire rappelle une règle fondamentale souvent négligée dans la pratique administrative : chaque entité publique est placée sous la tutelle technique d’un ministère, responsable de sa stratégie, de ses performances et de son alignement avec les politiques sectorielles. Parallèlement, le ministère des Finances conserve la tutelle financière, garantissant le respect des équilibres budgétaires et des autorisations d’engagement. Cette double supervision, encadrée par la loi sur le secteur parapublic, avait vu sa clarté s’estomper au fil des années, laissant certaines agences évoluer avec une autonomie parfois excessive.

Le document exige des ministres qu’ils reprennent pleinement le contrôle de leurs entités rattachées. Parmi les mesures phares figurent la validation des plans stratégiques, l’examen des budgets prévisionnels, un suivi trimestriel de l’exécution et un contrôle rigoureux des recrutements ainsi que de la masse salariale. Ousmane Sonko souligne l’importance de la transmission régulière de rapports d’activité et de tableaux de bord pour évaluer l’atteinte des objectifs fixés.

Réduction des dépenses publiques et transparence budgétaire

Cette circulaire intervient dans un contexte de rigueur budgétaire. Après la présentation d’un audit des finances publiques fin 2024, les autorités dakaroises cherchent à limiter les dépenses jugées disproportionnées dans le secteur parapublic. Les agences et sociétés à participation publique absorbent une part significative des transferts de l’État, sans que leur impact réel sur les politiques publiques ne soit toujours évaluable. La circulaire prépare ainsi une revue approfondie des structures existantes, pouvant conduire à des fusions, réorganisations ou suppressions.

La primature insiste également sur le respect des fréquences de réunion des conseils d’administration des organismes publics et l’obligation de documenter leurs délibérations. Ce point est crucial, car plusieurs rapports de la Cour des comptes ont révélé, ces dernières années, des irrégularités dans la gestion de certains organismes publics ainsi que des décisions opaques engageant des montants importants. En rappelant ces principes, l’exécutif vise à réduire les zones d’ombre dans l’administration.

Une volonté politique de reprise en main de l’État

Au-delà de son aspect technique, cette circulaire envoie un message politique fort. Elle reflète la détermination du duo Bassirou Diomaye Faye – Ousmane Sonko à affirmer l’autorité du gouvernement central sur des entités parfois perçues comme des fiefs indépendants. Le Premier ministre impose que les nominations aux postes clés s’accompagnent de lettres de mission détaillées, incluant des indicateurs de performance. Les manquements pourront entraîner des mesures correctives, voire des révocations.

L’efficacité de cette circulaire dépendra cependant de la capacité des ministères à renforcer leurs propres cellules de suivi, souvent insuffisantes face à l’ampleur des structures à superviser. Le secteur parapublic sénégalais compte des dizaines d’organismes aux statuts variés, dont la cartographie n’est pas toujours partagée entre les administrations. La primature pourrait, dans un second temps, publier un référentiel commun et harmoniser les outils de reporting, essentiels pour un pilotage efficace.

En définitive, cette circulaire instaure une nouvelle ère de responsabilité entre l’État central et ses démembrements. Son application sera suivie de près par les partenaires financiers du Sénégal, attentifs aux réformes de gouvernance engagées par le pays. Le texte a été distribué à tous les ministères et entre immédiatement en vigueur pour les entités concernées.