Le président de la Commission de l’Union africaine s’est rendu à Bamako ce week-end pour une mission diplomatique axée sur la consolidation des liens avec le Mali, malgré la suspension du pays de l’organisation depuis cinq ans. Mahmoud Ali Youssouf a réitéré l’engagement indéfectible de l’Union africaine à accompagner les autorités maliennes dans leur lutte contre l’insécurité grandissante.

Mali, Bamako, 2026 | Monument dédié aux soldats maliennes après les attaques terroristes (illustration)

une mission diplomatique sous haute tension sécuritaire

L’arrivée du président de la Commission de l’Union africaine à Bamako s’inscrit dans un contexte régional particulièrement tendu. Mahmoud Ali Youssouf a réaffirmé le soutien inconditionnel de l’organisation à Mali, tout en rappelant que le pays reste suspendu de ses instances depuis l’interruption de l’ordre constitutionnel en 2021. Cette suspension, bien que maintenue, n’a pas empêché l’Union africaine de maintenir un dialogue constant avec les autorités maliennes.

Malgré cette exclusion partielle, l’UA considère que la stabilité du Mali est un enjeu continental. Elle mise sur des solutions politiques et une coopération étroite avec le pays, notamment à travers la Mission de l’Union africaine pour le Sahel et le Mali (MISAHEL) et le représentant spécial de l’organisation pour la région. L’objectif ? Préserver l’intégrité territoriale du Mali tout en luttant contre les groupes armés qui menacent sa sécurité.

Mali, Kidal, 2022 | Combattants du MNLA lors d'une réunion (illustration)

solidarité politique ou engagement concret ?

La visite de Mahmoud Ali Youssouf vise à concrétiser la « solidarité pleine et entière » de l’Union africaine avec Bamako. Pourtant, certains observateurs, comme Alioune Tine, fondateur de Africa Jom Center, appellent l’UA à passer des paroles aux actes. Pour lui, il est urgent que l’organisation mobilise davantage ses États membres pour soutenir militairement le Mali dans sa lutte antiterroriste.

« Le président de la Commission de l’Union africaine doit démontrer une solidarité bien plus active et concrète, en encourageant les pays disposant des moyens nécessaires à apporter leur aide », déclare-t-il. « Il faut aussi envisager l’envoi de contingents militaires africains pour renforcer les capacités du Mali face à la menace terroriste ». Une position partagée par de nombreux acteurs qui jugent le soutien actuel insuffisant.

les limites d’une approche diplomatique

L’Union africaine continue de privilégier le dialogue malgré la remise en cause de l’Accord d’Alger par les autorités maliennes. Cependant, la montée en puissance de la coalition JNIM-FLA, composée de séparatistes touaregs et d’extrémistes, inquiète l’organisation. L’UA refuse de reconnaître la légitimité de cette alliance et de ses revendications, tout en réaffirmant son attachement à l’unité territoriale du Mali.

Aly Tounkara, chercheur au Centre des études sécuritaires et stratégiques au Sahel, met en lumière les difficultés structurelles de l’UA. « Il est illusoire de penser que l’Union africaine puisse apporter un soutien militaire ou renseignement efficace, alors que ses membres ne parviennent même pas à s’accorder sur une stratégie commune », souligne-t-il. Il pointe également la dépendance de l’organisation envers les bailleurs de fonds extra-sahéliens, un frein majeur à son action.

Entre déclarations de soutien, impératifs diplomatiques et contraintes politiques, l’Union africaine tente de trouver un équilibre. Cette visite marquera-t-elle une simple démonstration de solidarité ou le début d’un engagement plus robuste aux côtés du Mali et des pays de l’Alliance des États du Sahel ?