Une célébration de l’Aïd marquée par l’adversité pour les familles déplacées

À Bamako, la fête de Tabaski s’annonce sous le signe de l’incertitude pour des centaines de personnes déplacées. Evacués manu militari du marché de Faladiè il y a quelques semaines, ces familles, venues de régions en proie à des conflits armés, doivent composer avec des conditions de vie toujours plus précaires. Entre l’absence de relocalisation et des besoins humanitaires criants, cette célébration religieuse s’annonce comme un défi supplémentaire pour des milliers de Maliens en détresse.

Parmi elles, Aminata, mère de quatre enfants, a fui en 2019 les violences dans le cercle de Bandiagara, dans le centre du Mali. Après avoir trouvé refuge dans un centre éducatif improvisé, elle décrit une situation humanitaire qui se dégrade de jour en jour.

Des besoins urgents et un manque criant d’infrastructures

Le centre « Amis des enfants », initialement conçu pour l’éducation, accueille désormais des familles entières dans des conditions inadaptées. Aminata souligne l’urgence des besoins les plus basiques :

« L’absence de site adapté nous expose à des conditions environnementales difficiles. Outre les soins médicaux, ce dont nous avons le plus besoin maintenant, ce sont des denrées alimentaires — du riz, de l’huile — et même des vêtements pour nos enfants afin qu’ils puissent célébrer dignement cette fête. »

Des jeunes privés de leurs moyens de subsistance

À quelques centaines de mètres du campement, deux adolescents, Fousseyni et Oumar, âgés respectivement de 14 et 15 ans, tentent de survivre en participant à l’abattage des moutons pour le compte d’un boucher. Une activité qui leur rapporte péniblement 2 000 francs CFA par bête.

Ces jeunes éleveurs, habitués à des revenus bien plus substantiels lors des précédentes célébrations de Tabaski, expriment leur désarroi face à cette situation inédite. Fousseyni confie :

« L’an dernier, à la même période, nous vendions des moutons et conduisions des bœufs jusqu’à leurs acquéreurs. Nous gagnions bien plus d’argent. Aujourd’hui, nous restons les bras croisés, c’est très dur. Pourtant, nous venons ici chaque jour dans l’espoir de gagner quelques pièces. »

Un suivi humanitaire en suspens

Sur place, des organisations locales et internationales, dont le Samu Social Mali et l’Unicef, sous la supervision de la Direction nationale du développement social, tentent d’apporter un soutien minimal aux enfants et aux familles du centre. Cependant, aucune solution de relocalisation n’a encore été proposée pour les 300 familles évacuées, laissant planer un climat d’incertitude quant à leur avenir.

Alors que les célébrations religieuses approchent, les déplacés de Faladiè doivent faire face à un double défi : maintenir leur dignité dans des conditions indignes, tout en espérant une issue favorable à leur situation.

moutons au Burkina Faso