Tchad : le bilan du ministre de la Sécurité sur l’insécurité face aux sénateurs
Le général Ali Ahmat Aghabache, ministre tchadien de la Sécurité publique, a exposé aux sénateurs les défis sécuritaires persistants et les solutions mises en œuvre pour y répondre.
Lors d’une séance de questions orales avec débat, le général Ali Ahmat Aghabache, ministre tchadien de la Sécurité publique et de l’Immigration, a présenté un état des lieux des tensions communautaires qui secouent le pays. Cette rencontre, présidée par le Dr Haroun Kabadi, président du Sénat, a permis d’aborder les violences récurrentes dans plusieurs provinces, notamment dans le Mayo-Kebbi Ouest, le Salamat et le Hadjar-Lamis.
Des conflits intercommunautaires aux multiples racines
Le ministre a détaillé les causes profondes des affrontements, souvent liés à des enjeux de ressources naturelles. Les tensions entre éleveurs et agriculteurs, exacerbées par la saison des pluies, se transforment fréquemment en violences meurtrières. Mandakao, dans le Logone Occidental, a été le théâtre d’un de ces conflits en mai 2025, avant qu’un accord ne soit trouvé deux mois plus tard.
Les facteurs aggravants identifiés par le gouvernement
Plusieurs éléments expliquent la persistance de ces violences :
- Rareté des terres et de l’eau : Le changement climatique et la sécheresse poussent les éleveurs vers le sud, où les terres agricoles sont déjà sous pression en raison de la croissance démographique.
- Absence de cadre juridique clair : L’absence de délimitations précises pour les couloirs de transhumance et les droits fonciers alimente les conflits entre communautés.
- Instrumentalisation politique : Certains acteurs exploitent les appartenances ethniques pour renforcer leur influence, aggravant les divisions locales.
- Prolifération des armes légères : La circulation transfrontalière d’armes a intensifié les conflits traditionnels, avec un bilan de 318 morts et 315 blessés en 2025.
Les mesures concrètes annoncées par le ministre
Le général Aghabache a rappelé les actions menées par les forces de sécurité entre 2024 et 2025 : plus de 4 000 armes saisies et plus de 1 300 individus arrêtés, ainsi que des saisies importantes de drogues. Il a également souligné la création de nouveaux commissariats dans des zones sensibles, comme à Abéché (province du Ouaddaï), pour renforcer la présence sécuritaire.
Cependant, le ministre a reconnu que la seule présence des forces de l’ordre ne suffit pas. Il a appelé à une mobilisation accrue des autorités locales, des chefs traditionnels et des élus pour promouvoir le vivre-ensemble et désamorcer les tensions intercommunautaires.
Un bilan contrasté et des défis persistants
Si le ministre a assuré que la situation sécuritaire reste globalement maîtrisée, il a admis l’existence de poche d’insécurité dans certaines régions. Les sénateurs ont salué les efforts déployés, tout en soulignant l’urgence d’agir davantage, notamment face aux enlèvements dans le Mayo-Kebbi Ouest ou aux activités de groupes armés comme Boko Haram dans le Lac.
Le général Aghabache a conclu en réaffirmant la détermination de son département à poursuivre les opérations de sécurisation et à renforcer la cohésion sociale, malgré l’ampleur des défis.