Tchad : quand l’instabilité devient une stratégie de pouvoir

Le scénario se répète depuis près de quatre décennies. Les décors évoluent, les dirigeants se succèdent de génération en génération, mais une constante persiste : la violence quotidienne, toujours teintée du même échec cuisant. Plutôt que de résoudre les tensions intercommunautaires, les autorités préfèrent les orchestrer. Le bruit des avions présidentiels et les cortèges de véhicules militaires soulevant des nuages de poussière dans les zones rurales l’emportent sur une justice équitable et fonctionnelle. Décryptage d’un échec systémique.

Tchad : quand l’instabilité devient une stratégie de pouvoir

la mise en scène des crises : un théâtre coûteux et inutile

Face à un conflit lié à une ressource vitale comme un puits ou un pâturage, la réaction de l’État tchadien relève davantage du spectacle que de la solution. Les déplacements de délégations prestigieuses, les médiations médiatisées et les déclarations paternalistes s’enchaînent. Pourtant, une fois la poussière retombée et les véhicules repartis, le vide persiste. Ce théâtre politique a un prix : un seul voyage présidentiel ou une mission de pacification ostentatoire pourrait financer la construction de centaines de puits modernes, rendant l’accès à l’eau universel. Construire des infrastructures durables reviendrait à supprimer le prétexte même de ces interventions répétées. L’objectif ? Perpétuer la dépendance au sauveur plutôt que de renforcer l’autonomie des institutions.

justice absente, chaos entretenu

Dans un État où la justice fonctionne, les chefs d’État ne quittent pas leur capitale pour régler des conflits locaux. Ici, au Tchad, le pouvoir a délibérément affaibli les tribunaux pour mieux contrôler les populations. Une justice indépendante menace l’arbitraire qui maintient au pouvoir. En refusant de laisser les tribunaux trancher les litiges, l’État pousse les citoyens à se faire justice eux-mêmes. Résultat : des vies perdues pour une ressource aussi vitale qu’un point d’eau, au XXIe siècle. Cette fatalité n’a rien de divin ni d’ancestral ; elle est le fruit d’un vide institutionnel savamment entretenu. L’échec est total, car le pouvoir préfère gérer les crises plutôt que de bâtir une nation unie et prospère.