Affaires du Sahel : quand l’absence du Niger révèle les tensions cachées de l’AES

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Le général Assimi Goïta, président du Mali, foule le sol de Ouagadougou ce jeudi 5 novembre 2026 pour une visite officielle qui promet de brouiller les cartes au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). Derrière les discours lénifiants sur l’unité soudanaise, l’absence remarquée du Niger à cette rencontre bilatérale avec le Burkina Faso lève le voile sur des fissures que personne n’ose encore officiellement qualifier de ruptures.

Un sommet à deux, mais pas une trahison

La Direction générale du protocole d’État du Burkina Faso a confirmé l’arrivée du chef de l’État malien à Ouagadougou, où Ibrahim Traoré, son homologue burkinabè, a prévu un accueil protocolaires des plus chaleureux. Pourtant, derrière les sourires diplomatiques, un détail fracasse le consensus : le Niger, troisième membre de l’AES, brille par son absence.

Cette visite, présentée comme un symbole de rapprochement entre Bamako et Ouagadougou, s’inscrit dans la continuité d’une stratégie de coopération bilatérale renforcée. Pourtant, elle soulève une question brûlante : pourquoi le Niger, cofondateur de cette alliance, est-il écarté de cette danse diplomatique ?

Loin d’être anodine, cette absence interroge la cohésion réelle de l’AES, dont les fondations reposent sur une ambition commune : une souveraineté partagée face aux menaces terroristes, aux pressions internationales et aux crises économiques. Face à ce silence nigérien, une hypothèse s’impose : et si cette rencontre était plus qu’un simple échange bilatéral, mais révélait les limites d’une union à trois souvent mise en scène ?

L’AES entre effets d’annonce et réalités politiques

Créée en septembre 2023 puis rebaptisée « Confédération des États du Sahel » en juillet 2024, l’AES a été présentée comme une réponse inédite aux défis du Sahel. Pourtant, les dynamiques internes de cette alliance restent opaques. Le 16 octobre 2026, les ministres des Affaires étrangères des trois pays se sont réunis à Ouagadougou pour harmoniser leurs positions. Une preuve, selon les autorités, que le Niger reste pleinement intégré aux mécanismes décisionnels.

Néanmoins, cette absence de Abdourahamane Tiani à la visite de Assimi Goïta en dit long sur les divergences qui traversent l’alliance. Les deux dirigeants partagent des objectifs sécuritaires et une vision géopolitique commune, mais les modalités de leur coopération restent floues. S’agit-il d’un choix tactique pour contourner les divisions internes, ou d’un signe que l’unité affichée n’est qu’un leurre ?

La réponse réside peut-être dans la nature même de cette visite. Officiellement, elle se limite à des échanges bilatéraux. Officieusement, elle pourrait préfigurer une refonte des alliances au sein de l’AES, où Bamako et Ouagadougou chercheraient à consolider leur axe en attendant des jours meilleurs pour réintégrer Niamey.

La sécurité, catalyseur ou ciment des divisions ?

Les trois États de l’AES font face à des défis sécuritaires similaires. La persistance des groupes armés, les tensions aux frontières et la pression des organisations djihadistes exigent une réponse conjointe. Pourtant, les mécanismes de coopération militaire peinent à se concrétiser. Une mutualisation des moyens reste un vœu pieux, faute de confiance réciproque.

Les récents échanges entre les trois capitales, notamment la réunion ministérielle d’octobre, ont montré que les canaux de communication existaient. Mais l’absence de Abdourahamane Tiani lors du sommet Goïta-Traoré suggère que ces efforts ne suffisent pas. Les priorités nationales priment-elles désormais sur les ambitions régionales ?

Diplomatie et souveraineté : un équilibre précaire

L’AES s’est construite sur un rejet des influences extérieures, notamment occidentales. Pourtant, les trois pays restent dépendants de partenaires régionaux et internationaux pour leur stabilité économique et sécuritaire. Une coordination renforcée entre Bamako, Ouagadougou et Niamey aurait pu servir de levier dans les négociations avec ces acteurs. Mais sans une représentation unifiée, comment peser dans le jeu diplomatique ?

La visite de Assimi Goïta à Ouagadougou est donc un test. Si les deux dirigeants parviennent à sceller de nouveaux accords, l’alliance en sortira renforcée. En revanche, si leurs discussions restent à l’état de déclarations d’intention, l’absence du Niger pourrait bien devenir le symptôme d’un malaise plus profond.

L’absence du Niger, symptôme ou précurseur ?

Interpréter cette absence exige de la prudence. Rien ne prouve que le Niger soit volontairement écarté. Les contraintes logistiques, les priorités nationales ou même des désaccords en coulisses pourraient expliquer ce silence. Pourtant, une question persiste : pourquoi une alliance créée à trois ne fonctionne-t-elle pleinement qu’à deux ?

L’histoire de l’AES est encore jeune. Ses fondateurs ont voulu écrire une nouvelle page pour le Sahel, en s’appuyant sur une solidarité forgée dans l’adversité. Mais les défis du quotidien – instabilité politique, pénuries, insécurité – rappellent que les bonnes intentions ne suffisent pas. L’heure est venue de vérifier si cette confédération peut survivre à ses propres contradictions.

Pour l’instant, l’absence du Niger à Ouagadougou reste un mystère. Mais dans un contexte où chaque sommet de l’AES est scruté par les observateurs régionaux et internationaux, cette énigme pourrait bien révéler les failles d’une union encore en construction.

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