Un tournant judiciaire aux conséquences majeures pour le Bénin

Le Bénin vient de vivre un moment clé de son histoire judiciaire. La Cour suprême, plus haute juridiction du pays, a rendu une décision sans appel ce jeudi 24 septembre 2026 : le recours en cassation déposé par les avocats de l’ancien Directeur général de la Police nationale, le général Louis Philippe Houndégnon, est définitivement rejeté. Une issue qui marque un tournant dans un dossier suivi avec une attention particulière par l’opinion publique et les acteurs politiques.

Si la Cour a d’abord examiné la recevabilité formelle du pourvoi, elle a ensuite tranché sur le fond avec une fermeté qui clôt un chapitre procédural de plusieurs mois. En confirmant l’arrêt de la chambre d’appel de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) rendu en mai 2026, la haute instance a épuisé toutes les voies de recours extraordinaires. Désormais, plus aucun obstacle juridique ne s’oppose à l’engagement d’un procès attendu par la société béninoise.

Une défense en dernière extrémité : l’échec des arguments ébranle les espoirs de l’accusé

Lors de l’audience, l’équipe de défense du général Houndégnon, menée par l’avocat Fidèle Abouta, a tenté une ultime stratégie. Les conseils ont plaidé la violation des droits fondamentaux de leur client dès les premières étapes de la procédure. Des allégations qui n’ont pas su convaincre les magistrats de la Cour suprême. Ce rejet balaye les derniers espoirs de la défense, mettant fin à un bras de fer procédural engagé depuis des mois.

Le général, devenu une figure critique du pouvoir en place, est accusé par l’État béninois de graves manquements. Parmi les chefs d’accusation figurent des faits de nature à fragiliser la stabilité institutionnelle : incitation à la rébellion et à la désobéissance civile, diffusion de messages perçus comme subversifs sur les réseaux sociaux, ou encore violation du devoir de réserve par la divulgation d’informations sensibles liées à ses anciennes fonctions. Des actes initialement qualifiés de correctionnels, mais requalifiés en infractions criminelles par la CRIET, qui y voit une atteinte directe à la sûreté de l’État.

À l’aube du procès : liberté d’expression ou menace pour l’État ?

Avec ce coup d’arrêt décisif, les débats sur la forme s’éteignent pour laisser place à l’examen des faits. La CRIET devra désormais trancher un questionnement central : les prises de parole du général Houndégnon relèvent-elles de l’exercice légitime de la liberté d’expression, ou bien constituent-elles une entreprise organisée pour déstabiliser les institutions béninoises ?

Cette décision marque un tournant stratégique dans le dossier. Elle ouvre la voie à un procès qui promet d’être scruté de près, non seulement pour son importance juridique, mais aussi pour ses répercussions politiques et sociales. Les yeux du Bénin et de la sous-région sont rivés sur la CRIET, où se jouera le prochain chapitre de cette affaire.

By Issoufou Boubacar

Rédacteur senior